L’aperçu des nouveaux albums : Meshell Ndegeocello, Iron Jinn et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Bien trop nombreux pour tous les écouter, encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent à la rédaction, sous la forme de critiques courtes.

Clive Nolan – Song Of The Winter Throne

Clive Nolan vient de sortir l’album “Song Of The Winter Throne” (avec un CD bonus). Il raconte l’histoire médiévale norvégienne de Håkon Håkonsson. Sa naissance secrète, son couronnement, la manière dont il est devenu un roi important, jusqu’à la fin de sa vie. Il s’est passé beaucoup de choses, et cela s’entend dans la musique. Les morceaux commencent avec le narrateur. Ses paroles (théâtrales), ainsi que celles des chanteurs et chanteuses, figurent dans le livret. Les voix sont en partie utilisées comme un instrument. Les percussions sont parfois lentes, mais toujours au service du morceau. Il en va de même pour les sons samplés et le jeu de guitare bien dosé. Håkon, en particulier, donne vie à son histoire de manière très vivante. L’atmosphère change selon les différentes phases de sa vie. Dans “Flight of the Birkebeiners”, les parties orchestrales deviennent presque frénétiques. Les voix (superposées) sont variées, et je décrirais les sonorités particulières comme des sons gutturaux. Par moments, les voix et la musique comportent de nombreuses couches. Le mélange de rock progressif, de musique classique et de folk est réussi. “Song Of The Winter Throne” n’est pas simplement un CD, mais une histoire. Cela devrait en fait être présenté au théâtre, avec l’ensemble de la distribution. (Esther Kessel-Tamerus) (8/10) (WLR -We Låve Rock and Oskar Records)

Track Dogs – Still at the Music

Track Dogs est une formation intéressante composée de deux Irlandais, d’un Américain et d’un Anglais. Cela donne lieu à une conversation musicale dans laquelle différents sons se rencontrent et se rejoignent. Le groupe évolue entre Americana, folk et Tex-Mex, sans prétention. Avec “Still at the Music”, Track Dogs ne va pas immédiatement bouleverser le monde, mais cela ne semble pas non plus être l’objectif. L’accent est clairement mis, dans chaque morceau, sur le plaisir de faire de la musique. L’album mérite donc plusieurs écoutes, ou plusieurs passages en streaming, whatever is your pleasure. Les morceaux donnent une sensation de ‘pas grand-chose ne se passe, la tête haute’, tandis que l’utilisation, entre autres, de la trompette, du banjo, du ukulélé et du cajón assure suffisamment de variété. Les harmonies vocales à quatre voix des membres du groupe apportent en outre davantage de profondeur et de chaleur à l’ensemble. La musique a quelque chose de solaire, ce qui permet de rêvasser aux choses auxquelles on peut être confronté dans la vie, sans être submergé par des sonorités lourdes. L’un n’a finalement pas besoin d’exclure l’autre. Le fait que Track Dogs fasse toujours de la musique avec la même passion après vingt ans constitue une force importante de cet album. “Still at the Music” en est une preuve convaincante. (Bart van de Sande) (7/10) (Mondegreen Records)

Gisela Horat – Trio Solo

La pianiste et compositrice suisse Gisela Horat évolue dans le jazz depuis déjà un bon moment. Elle le fait en tant qu’artiste solo et au sein de Trio, avec le bassiste Simon Iten et le batteur Samuel Büttiker. Cela explique immédiatement le titre de cette œuvre : “Trio Solo” comprend le septième album de Trio et “Solo” le quatrième album solo. Les mêmes morceaux dans deux interprétations différentes. Ce que les deux disques ont également en commun, c’est l’audace d’expérimenter, et Horat va assez loin dans cette démarche. Par exemple en modifiant le son du piano en plaçant du feutre, des cymbales et des coquillages directement sur les cordes. Notre préférence va au travail de Trio ; d’une manière ou d’une autre, Horat semble plus sûre d’elle lorsqu’elle dispose d’une solide section rythmique derrière elle. Un beau moment fort est “Leben”, qu’elle a déjà enregistré à plusieurs reprises, chaque fois dans une version différente. Le morceau évolue depuis vingt ans. Et c’est exactement ce que fait Horat : laisser la musique évoluer avec elle, en adaptant chaque fois le jazz sobre, presque minimaliste, au moment présent. Un morceau n’est jamais joué deux fois de la même manière. Tout est donc un instantané. Entendons-nous alors sur “Trio Solo” le meilleur de ce que Horat a à offrir ? Au moment de l’enregistrement, oui.  (Jeroen Mulder) (7/10) (Unit Records)

Iron Jinn – Zeitgeist On The Run

“Zeitgeist On The Run” est le premier album sur lequel le groupe Iron Jinn est composé de cinq personnes. La musique s’est ainsi davantage développée. Les voix et la musique sont particulières et régulièrement psychédéliques. Cela s’entend déjà dans le morceau d’ouverture “Sayonara”. Entre le flux répétitif, parfois plus calme, de “Residuum Strut”, on entend de jolis détails. Ceux-ci y ont clairement été intégrés avec soin. Les morceaux suivants sont également imprévisibles. Le plus particulier est peut-être “The Futurist”, avec des influences jazz, des violoncelles et bien plus encore. Les paroles sur le ‘progrès’ technologique sonnent avec amertume. Les ‘citations’ d’Oppenheimer et de Platon ont une sonorité sensuelle, tandis que les voix et la musique restent en équilibre. Pour la plupart des gens, ce ne sera pas une musique permettant de se vider la tête après une journée (de travail) chargée. Le timbre et la prononciation des voix sont un peu moins accessibles, mais ils correspondent bien au style marquant de la musique. C’est quelque chose pour les amateurs de voix particulières et de musique (déformée). Plus on écoute, plus on découvre. Il faut toutefois se donner la chance d’apprendre à connaître et à apprécier “Zeitgeist On The Run”. (Esther Kessel-Tamerus) (7/10) (Suburban Records)

Meshell Ndegeocello – Synonym

Avec “Synonym”, Meshell Ndegeocello livre son troisième album pour Blue Note, après “No More Water: The Gospel of James Baldwin” de 2024. Il s’agit d’une collection de reprises interprétées en duo, à chaque fois avec un invité du même genre, comme expression de la libération au sens large. Avec les producteurs David Gamson et Abe Rounds, elle donne aux quinze morceaux un son cohérent porté par son jeu de basse. Cela donne souvent lieu à des interprétations surprenantes. “I Knew You Were Waiting (For Me)” avec Cynthia Erivo commence de manière chaleureuse et accessible, tandis que “I Got You, Babe” avec ANOHNI reçoit une touche jazzy grâce à l’orgue et au saxophone. Brandi Carlile ajoute une lueur soul et “The Closer I Get to You” opte pour une approche électronique avec Destin Conrad et Moses Sumney. “With God On Our Side”, avec Bill Callahan et Chris Thile, clôt solennellement le disque, même si le morceau sonne moins comme Ndegeocello elle-même. La longue liste d’invités peut submerger, mais la direction de Ndegeocello reste visible. Un disque raffiné qui donne un nouveau visage à des morceaux familiers sans les abîmer. (Elodie Renard) (8/10) (Blue Note Records)