Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent dans la rédaction de Maxazine. Bien trop pour tous les écouter, et encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent dans la rédaction sous forme de critiques courtes.
Radio Free Alice – What’s In Between
Le groupe australien Radio Free Alice montre clairement, avec son premier album “What’s In Between”, qu’il veut être bien plus qu’un simple nom supplémentaire dans la vague post-punk. L’énergie nerveuse de ses précédents travaux est toujours présente, mais elle est ici associée à des mélodies plus ambitieuses et à une production qui vise ouvertement un public plus large. “Crying With You” s’ouvre sur une montée en puissance qui débouche sur un refrain captivant, avant que “Undressed” n’introduise une atmosphère plus légère, presque inspirée de la new wave. Sur “Rule 31”, le groupe retrouve un son plus anguleux et direct. L’approche des textes du chanteur Noah Learmonth donne davantage de poids à l’album. Il porte un regard critique sur une génération de jeunes hommes confrontés aux attentes, à la solitude et à la pression de la vie urbaine moderne. “Big Ideas”, avec Rachel Brown, et “Lunch Money” montrent à quel point le groupe sait transformer ses observations en chansons mélodiques. Tous les choix de production ne sont pas aussi stimulants ; parfois, les aspérités sont un peu trop soigneusement gommées. L’album convainc néanmoins par la qualité de ses compositions et par l’association d’une conscience sociale et d’un indie rock entraînant. (Anton Dupont) (8/10) (Atlantic Records)

Chloe Qisha – Fantasize
Avec “Fantasize”, Chloe Qisha présente une première mixtape dans laquelle elle approfondit son goût pour la pop théâtrale et les grandes mélodies. La chanteuse britannico-malaisienne évolue entre disco, synthpop et pop radiophonique contemporaine, avec ABBA comme source d’inspiration clairement perceptible. “YDH” donne immédiatement le ton avec un rythme enjoué et un refrain qui reste facilement en tête. “Cry About It” repose sur une solide base synthpop, tandis que “Baby Girl” flirte avec le disco-funk et une atmosphère plus légère et dansante. Qisha écrit ouvertement sur le désir, la sexualité et la confusion amoureuse, souvent avec un clin d’œil et une bonne dose d’autodérision. Dans “He Likes Boys”, cette assurance prend une dimension plus vulnérable lorsque le personnage principal doit faire face à des sentiments non partagés. La production est soignée et les lignes vocales sont construites avec précision, mais cette même précision joue parfois contre elle. Les morceaux donnent régulièrement l’impression que chaque détail a été pensé à l’avance, ce qui limite leur spontanéité et leur profondeur émotionnelle. Qisha parvient néanmoins à interpréter son répertoire avec conviction. “Fantasize” est une présentation colorée d’une artiste pop qui a déjà défini son univers sonore avec une certaine précision, mais qui dispose encore d’une marge pour devenir plus personnelle. (William Brown) (7/10) (Columbia Records)

Sampa the Great – Nu Zamrock
Avec “Nu Zamrock”, Sampa the Great relie ses origines personnelles à une tradition musicale qui reste relativement peu connue en dehors de l’Afrique. L’artiste, née en Zambie, élevée au Botswana et qui a ensuite percé sur la scène internationale, revient explicitement à ses racines culturelles avec cet album. Le zamrock, courant de rock psychédélique apparu en Zambie dans les années 1970, constitue le point de départ. Sampa Tembo associe cette histoire au hip-hop, à la soul, aux rythmes africains et aux techniques de production modernes. Le résultat est un album où différents univers musicaux se rencontrent sans que l’ensemble perde sa cohérence. “Simon Says” et “Canary” comptent parmi les compositions les plus marquantes, dans lesquelles les rythmes puissants et son interprétation caractéristique s’accordent parfaitement. “Catch If You Can” opte pour un son plus accessible, tandis que “Supernova”, avec Sia en invitée, apporte une dimension pop internationale. La contribution de KAMAUU sur “Star” s’intègre également parfaitement à l’ensemble musical. Les seize morceaux forment une expérience d’écoute variée, même si les courts intermèdes interrompent parfois le déroulement de l’album. Sur le plan thématique, l’œuvre tourne autour de l’identité, des origines, du sentiment d’appartenance et de la signification de la reconnaissance culturelle. “Nu Zamrock” est ainsi non seulement une exploration musicale, mais aussi une déclaration personnelle sur la place de la musique africaine dans la culture pop internationale. (William Brown) (6/10) (Loma Vista Recordings)

Editors – Surface, Echo & Sound
Après les escapades électroniques de “Violence” et “EBM”, Editors revient en partie à une approche plus organique sur “Surface, Echo & Sound”. Le départ de Benjamin John Power a clairement influencé l’orientation musicale du groupe. La formation menée par Tom Smith choisit à nouveau les guitares, la basse et la batterie comme principaux éléments constitutifs de sa musique, les éléments électroniques étant moins présents. Cela ne signifie toutefois pas qu’Editors se contente de revenir au son de “The Back Room”. Les nouvelles compositions s’orientent davantage vers un indie rock mélodique, laissant place à de grands refrains et à des arrangements atmosphériques. “Call It In” et “The Rush” font partie des morceaux où cette approche fonctionne le mieux. “Much Love” profite également de la baryton reconnaissable de Smith, qui joue une nouvelle fois un rôle important dans l’identité musicale du groupe. L’album comporte néanmoins aussi des moments moins convaincants. Certaines compositions manquent de la tension qui rendait les anciens albums d’Editors si reconnaissables. C’est surtout lorsque les guitares cèdent la place à des arrangements acoustiques relativement prudents que l’ensemble devient quelque peu prévisible. Le disque bénéficie d’une production soignée et contient suffisamment de repères familiers pour les fans de longue date, mais le retour à une formation plus traditionnelle ne permet pas automatiquement de retrouver la vivacité musicale d’autrefois. (Anton Dupont) (7/10) (Play It Again Sam)

Foreigner – Head Games (Deluxe Edition)
Jusqu’à Head Games inclus, Foreigner démontre tout ce dont un groupe de rock enthousiaste est capable. Sur ce troisième album, le groupe se montre incisif, énergique et sûr de lui. Son principal atout est Lou Gramm. Sa voix puissante donne du feu aux chansons. Mick Jones apporte des riffs de guitare accrocheurs et des solos qui donnent un éclat supplémentaire aux morceaux. Head Games montre Foreigner au sommet de son art. Un niveau que le groupe ne parviendra plus à égaler au cours des années suivantes. Cette Deluxe Edition ajoute deux CD supplémentaires. Le deuxième disque, avec ses prises inédites, ses démos et ses premières versions de morceaux, est intéressant pour les amateurs, mais change peu de choses à l’expérience de l’album. Le disque est suffisamment solide pour se suffire à lui-même ; la version originale reste la présentation la plus puissante. Le troisième CD fait la différence. Les enregistrements live du Rochester Community War Memorial de 1979 sont électrisants. Avec seulement trois albums à son actif, Foreigner dispose déjà d’une série de chansons reconnaissables. La longue version de “Starrider” constitue notamment un moment fort, au cours duquel le groupe prend tout son temps et démontre son potentiel de manière convaincante. Ceux qui connaissent surtout Foreigner grâce au tube soft rock “I Wanna Know What Love Is” devraient absolument écouter ce CD live. C’est précisément cet ajout qui donne à cette Deluxe Edition une réelle valeur supplémentaire. (Bart van de Sande) (8/10) (Rhino)

