Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent dans la rédaction de Maxazine. Bien trop pour tous les écouter, et encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent dans la rédaction sous forme de critiques courtes.
Snorlax – Toxic Current
“Toxic Current” est le deuxième album du projet solo australien Snorlax, mené par le multi-instrumentiste Brendan Auld. L’album compte douze morceaux courts qui ne sonnent pourtant pas de manière fragmentaire, mais sont de véritables compositions avec un début et une fin. Sur le premier album “The Necrotrophic Abyss”, on entend encore de nombreux paysages sonores lents et réverbérés. Sur “Toxic Current”, ceux-ci ont en grande partie été remplacés par du blackened/death metal, du grindcore et une touche de hardcore qui se manifeste dans les breakdowns groovy. Comme il sied à un bon album de death/grindcore, “Toxic Current” atteint tout juste les 30 minutes. L’album contient deux reprises. La première est “Puppet Fuck” du groupe de grindcore australien Agents Of Abhorrence. La seconde reprise est le morceau de clôture “Pigs” du groupe de hardcore/sludge également australien The Fevered. Le thème de l’album est le tourment mental de l’existence, qui est magnifiquement représenté visuellement grâce à la superbe pochette réalisée par l’artiste Rotten Reign. Convient à tous ceux qui aiment une bonne dose de vacarme. (Ad Keepers) (7/10) (Avantgarde Music)

Der Nino aus Wien – Neubau alone
Der Nino aus Wien présente son treizième album, “Neubau alone”, et pour la première fois depuis longtemps, le troubadour viennois se retrouve complètement seul. Sans son groupe habituel, il a enregistré les morceaux dans un studio en sous-sol du quartier de Neubau, en mettant l’accent sur une qualité sonore brute et non polie qui donne l’impression d’écouter une cassette de démo privée. Ce caractère imparfait convient bien à l’intimité des textes dans lesquels Nino Mandl oscille entre petites anecdotes et grandes philosophies de la vie. Dans “Zerrissene Figuren”, il revient de manière autobiographique sur son ambition d’enfance de devenir le nouveau Bob Dylan, une plaisanterie qui, au fil des années, s’est pourtant révélée contenir une part de vérité. “Ein Tag im Süden” apporte un soulagement avec un clin d’œil méditerranéen pour le ‘wunde Wiener Herz’, tandis que “Lange schon genug” adopte un ton léger et enjoué. Même sa reprise de “Unchained Melody” prend une couleur totalement personnelle dans ce cadre. L’album manque du polish de ses précédents disques, mais y gagne justement en immédiateté et en personnalité. Un disque qui reste proche de l’essence de l’artiste. (Tobias Braun) (8/10) (Medienmanufaktur Wien)

Danny Keane – Kinesis
Sur “Kinesis”, tout tourne autour du mouvement et, à cet égard, le multi-instrumentiste Danny Keane n’aurait pas pu choisir de meilleur titre. Dans les cinq premiers morceaux, le Britannique nous fait véritablement voir tous les coins de la pièce. Ce faisant, Keane ne se limite en rien. Jazz traditionnel, musiques du monde, musique classique et électronique : chez Keane, les frontières entre ces genres s’estompent. Ses marques de fabrique sont les mesures inhabituelles et les rythmes particuliers. Le morceau d’ouverture “Running” est immédiatement une carte de visite : la base de ce morceau est un riff électronique entraînant en 7/8. Couche après couche, Keane développe celui-ci avant que les cuivres ne jouent le thème et ne forment la préparation aux improvisations captivantes, notamment sur un Fender Rhodes. La plupart des instruments sont joués par Keane lui-même. Pourtant, on trouve également des collaborations particulières sur “Kinesis”. Sur “Cathartic Chaos” (nous pouvons sans problème qualifier cette pièce de centerpiece), le Palestinien Adnan Joubran improvise en solo sur le oud, un instrument semblable à un luth largement utilisé dans la musique orientale. Cela produit une merveilleuse combinaison avec les sonorités pulsantes du Moog, mais cela fonctionne. Ce qui ne peut pas être dit du sixième et dernier morceau de l’album. Un trio de piano classique et intimiste qui est totalement dissonant avec le reste de “Kinesis”. Dommage, car “Kinesis” est un excellent successeur du premier album de 2020. (Jeroen Mulder) (7/10) (MVKA)

Andrew Van Garratt – Point Nemo
Andrew Van Garratt est un musicien de rock et indie britannique/auteur-compositeur-interprète. Il s’est fait connaître comme chanteur principal, guitariste et principal auteur-compositeur du groupe de rock No Hope In New Jersey. Après la séparation de ce groupe, il se consacre entièrement à sa carrière solo. “Point Nemo” est désormais son 14e album solo et sort en collaboration avec le label indépendant néerlandais Rock Company. Tout sur l’album est réalisé et joué par Andrew Van Garrett, à l’exception de la batterie, jouée par Karl Thompson, avec lequel Van Garrett a déjà travaillé par le passé. L’album porte le nom de l’endroit le plus isolé de la Terre et oscille thématiquement entre l’isolement, la connexion humaine et l’introspection personnelle. “Point Nemo” contient onze morceaux relativement courts et compacts et présente une énorme variété de styles musicaux. Le press-kit fourni utilise la métaphore : ‘Imaginez que The Beach Boys et Black Sabbath partagent une salle de répétition tandis que The Beatles et The Clash passent de temps en temps pour ajouter des idées’. Mon morceau préféré est “Eternal Condition”, qui contient un agréable petit riff de guitare à la Led Zeppelin. (Ad Keepers) (7/10) (Rock Company)

Phoebe Bridgers – Lost Weekend
Phoebe Bridgers revient après six ans avec “Lost Weekend”, son troisième album solo depuis le très commenté “Punisher” de 2020. Au cours des années intermédiaires, elle a remporté plusieurs Grammy Awards avec son supergroupe Boygenius, a perdu son père et a entamé une nouvelle relation avec le comédien Bo Burnham. Ces événements constituent l’épine dorsale de l’album, qui compte seize morceaux et plus de cinquante minutes. Sur “Haunted”, elle chante ouvertement ses émotions sans secrets, tandis que “Still Standing” exprime de manière poignante la perte de son père. “Never Going Back!” contient également un message vocal de lui, ce qui rend le deuil tangible. Face à cette tristesse se trouve la romance de “Bobby”, dans laquelle elle chante avec humour à propos de sa relation. Des morceaux tels que “Kill Me” et “Lost Weekend (Reprise)” montrent que le disque n’est pas seulement sombre, mais connaît également des moments légers et même comiques. Produit avec Jack Antonoff et Alex G, l’album sonne de manière plus richement orchestrée que ses travaux précédents, sans perdre la vulnérabilité qui caractérise son style. Avec “Lost Weekend”, Bridgers présente un album cohérent et vécu sur l’amour, la perte et le processus de deuil. (Daniel Harris) (9/10) (Dead Oceans)

