‘COSMIC OPERA ACT I’ Labrinth revient avec sa déclaration la plus ambitieuse et vulnérable à ce jour

Quand Timothy Lee McKenzie ouvre son quatrième album studio avec la déclaration « Ils disent que pour guérir, tu dois t’asseoir avec ce chaos intérieur », il ne se contente pas de planter le décor pour ‘Cosmic Opera Act I’, il lance un avertissement. C’est Labrinth sans filtre, canalisant la turbulence mentale de la navigation à travers la célébrité, la foi et une identité fracturée dans une odyssée sonique transcendant les genres qui donne l’impression d’entrer dans l’esprit fiévreux d’un artiste poussé à son point de rupture.

Après son travail récompensé d’un Emmy pour ‘Euphoria’ de HBO, le compositeur né à Londres revient au travail solo avec une ambition renouvelée et une honnêteté émotionnelle brute. Mais là où ses compositions télévisuelles fournissaient une texture atmosphérique pour le récit de quelqu’un d’autre, ‘Cosmic Opera Act I’ est sans complexe sa propre histoire, une exploration poignante de ce qu’il décrit comme « la maladie mentale tout en naviguant une carrière dans l’industrie du divertissement ».

L’album ne perd pas de temps à établir ses lettres de créance expérimentales. ‘Debris’ éclate avec des chœurs gospel envoûtants entrant en collision avec des percussions tribales et des synthétiseurs tranchants, la voix de McKenzie coupant à travers pour poser la question centrale de l’album : « What the fuck am I doing? » C’est un moment de vulnérabilité frappante qui donne le ton à tout ce qui suit.

‘Implosion’ se dresse comme la pièce maîtresse monumentale de l’album, une magnifique guerre orchestrale entre des sections de cuivres planantes et des beats staccato titanesques qui sonne comme l’anxiété personnifiée. La production ici est absolument époustouflante, avec des cordes gonflantes et des percussions explosives créant une poursuite cinématographique à travers la psyché. Pourtant, c’est le hook mélodique, « I feel like I’m ten feet tall », qui transforme le morceau d’impressionnant à essentiel, un moment de défiance euphorique au milieu du chaos. Les paroles coupent encore plus profond, avec McKenzie confrontant le poids écrasant du jugement public : « And they mark us out of ten, in a game we’ll never win. »

L’irrévérence ludique de ‘S.W.M.F.’ apporte une légèreté nécessaire, avec Labrinth déclarant joyeusement « Star Wars motherfucker! » sur une production digne d’une épopée de George Lucas. C’est audacieux, effronté et totalement inattendu, exactement ce dont cet album a besoin pour ne pas se noyer dans sa propre obscurité. Le bref règlement de comptes spirituel de ‘God Spoke’ dépouille tout jusqu’à l’essentiel, permettant à l’intensité vocale de McKenzie de briller à travers une production sobre et hymnique. C’est un moment de calme céleste avant que la bombance exquise de ‘Big Bad Wolf’ ne revienne en force.

Tout au long de la durée comprimée de l’album, Labrinth démontre l’alchimie sonore qu’il a passé une décennie à perfectionner. ‘Orchestra’ fusionne brillamment la grandeur opératique avec des sensibilités hip-hop, tandis que ‘I Keep My Promises’ subvertit son ouverture ludique avec des voix stridentes et un empilement d’instrumentation qui frôle l’accablant. Le morceau de clôture ‘Running A Red’ conclut les festivités avec une délicieuse tranche de funk psychédélique qui donne l’impression d’émerger d’un tunnel dans une lumière du soleil inattendue.
La production sur les douze titres met en valeur la capacité unique de Labrinth à mélanger gospel, soul, R&B, trap, dubstep et éléments orchestraux sans jamais perdre le fil. C’est le genre de saut entre genres qui sonnerait désordonné dans des mains moins habiles, mais McKenzie a la vision, et le pedigree Euphoria, pour le faire tenir ensemble. Si vous avez apprécié l’intensité atmosphérique de ‘808s & Heartbreak’ de Kanye West ou l’expérimentation de pop orchestrale de Sufjan Stevens, ‘Cosmic Opera Act I’ offre une fusion similairement audacieuse de crudité émotionnelle et d’ambition sonique.

Pourtant, malgré toute son audace expérimentale, l’album menace occasionnellement de s’effondrer sous le poids de ses propres ambitions. Dans ses moments les plus faibles, la production semble surchargée, le mélange des genres frisant le manque de focus. Et avec seulement neuf minutes de durée totale, l’album ressemble plus à un aperçu prolongé qu’à une déclaration complète, ce qui est logique étant donné qu’il s’agit explicitement de l’« Acte I » d’une vision plus large.

Mais c’est peut-être là le propos. Ce n’est pas censé être un ensemble soigné et complet. C’est le son d’un artiste en processus, assis avec son chaos intérieur et le transformant en art. McKenzie a créé quelque chose de véritablement ambitieux ici, un album qui refuse la catégorisation facile et exige des écoutes répétées pour être pleinement déchiffré. En tant que salve d’ouverture de ce qui promet d’être une odyssée en deux parties, ‘Cosmic Opera Act I’ suggère que Labrinth n’a fait qu’effleurer la surface de ce qu’il a à dire.
Pour un artiste qui a passé ces dernières années à fournir la toile de fond sonore pour la vision de quelqu’un d’autre, ce retour à un travail solo audacieux, personnel et expérimental ressemble à une renaissance créative. Que l’opéra complet soit à la hauteur de son titre opératique reste à voir, mais ce premier acte plaide de manière convaincante que le travail le plus intéressant de Labrinth est peut-être encore devant lui. (8/10) (Columbia Records)