Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent dans la rédaction de Maxazine. Bien trop pour tous les écouter, et encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent dans la rédaction sous forme de critiques courtes.
MISSIO – Love & Heartbreak
Avec “Love & Heartbreak”, MISSIO rouvre la porte au son pop sombre qui a permis au duo texan de se faire connaître avec “Loner”, tout en y ajoutant une dimension plus cinématographique. Matthew Brue et David Butler mêlent rock alternatif, musique électronique et une touche de hip hop pour créer un album à la fois rugueux et captivant, produit par leur fidèle collaborateur Dwight Baker. Le sujet est simple mais universel : quatorze morceaux consacrés à l’euphorie et au choc de l’amour, du titre d’ouverture “Dreams” à la pièce finale orchestrale “The Moment”. Des singles comme “Bleed” et “Dopamine Kisses” illustrent parfaitement la force du groupe, qui réside dans l’équilibre entre des paroles vulnérables et une production aussi percutante que les émotions qu’elle exprime. MISSIO ose explorer l’obscurité sans tomber dans l’apitoiement, faisant de “Love & Heartbreak” un album qui touche en plein cœur sans jamais paraître forcé. Les amateurs des précédents albums du groupe y trouveront exactement ce qu’ils espéraient, tandis que les nouveaux venus découvriront un excellent point d’entrée. Un album plein de caractère, réalisé par un duo qui sait exactement ce qu’il veut dire et comment le faire entendre. (Anton Dupont) (8/10) (Nettwerk)

Early Times – Border Crossings
Le guitariste et compositeur new-yorkais Early Times est surtout connu comme animateur sur SiriusXM, mais il poursuit également une carrière de musicien de jazz. Avec “Border Crossings”, il propose un album instrumental où le hard bop, le soul jazz et le jazz latin se rencontrent. Il est accompagné d’une impressionnante formation réunissant Steve Gadd, Zaccai Curtis, Luques Curtis et Craig Handy. La qualité des musiciens est incontestable. Le jeu d’ensemble est solide, les solos sont raffinés et la section rythmique maintient constamment la musique en mouvement. Gadd et les frères Curtis, en particulier, impriment une empreinte reconnaissable à l’album. C’est toutefois aussi là que réside une légère réserve : ce sont souvent les musiciens qui l’accompagnent qui marquent le plus les esprits, si bien que Times ne s’impose pas toujours pleinement comme leader et guitariste. Ses compositions sont bien construites, mais surprennent rarement et explorent peu les limites du genre. La production, en revanche, est d’un niveau remarquable. Le son ouvert et chaleureux ainsi que l’équilibre naturel entre les instruments rappellent les enregistrements classiques de Blue Note réalisés par Rudy Van Gelder, où la musicalité primait sur les artifices du studio. “Border Crossings” n’est pas un album de jazz révolutionnaire, mais c’est une œuvre soignée et interprétée avec conviction, qui séduit avant tout par la qualité de l’ensemble et la complicité musicale qui s’en dégage. (Bart van de Sande) (7/10) (Dealer’s Choice Records)

Low Cut Connie – Livin in the USA
“Livin in the USA” de Low Cut Connie est un album de rock brut et fortement engagé sur le plan politique, qui s’inscrit pleinement dans la tradition américaine du barroom rock et du blues. La production est directe et dépouillée, mettant avant tout l’énergie du groupe en valeur. Sur des morceaux comme “Working Man’s Truth” et “Broken Flag Blues”, la critique sociale est portée par des structures de chansons simples mais efficaces. La voix d’Adam Weiner sonne avec urgence et semble parfois prête à se briser, ce qui correspond parfaitement au ton rugueux de l’album. Tous les morceaux n’ont pas le même impact et certains reposent fortement sur la répétition des mêmes progressions blues. Malgré cela, la cohérence thématique permet à l’ensemble de fonctionner comme un véritable album de protestation. L’album donne davantage l’impression d’une performance que d’un exercice de studio, ce qui constitue à la fois sa principale force et sa principale limite. (Daniel Harris) (7/10) (Contender Records)

Ken Carson – xperiment
Avec “xperiment”, le rappeur Ken Carson livre son cinquième album studio, un disque de vingt-deux titres dans lequel il affine encore son style caractéristique de rage rap. Entouré de producteurs issus du collectif Opium, il construit un univers sonore rempli de basses tonitruantes, de synthétiseurs saturés et de changements de rythme abrupts, conçu pour enflammer les fêtes et les salles combles. Sur le plan des textes, Carson reste fidèle à lui-même : l’argent, le luxe, les femmes, la drogue et la pression de la célébrité sont au cœur des morceaux, sans chercher une introspection profonde, ce qui semble parfaitement assumé. Des titres comme “Ghost” et “Possession” se distinguent favorablement, tandis que “Shopping” convainc moins et rend parfois l’ensemble un peu répétitif. Les participations de Playboi Carti et Lil Uzi Vert, entre autres, apportent une valeur inégale, Uzi étant de loin le plus marquant. Les amateurs du style de Carson retrouveront exactement ce qu’ils attendent, avec la qualité de production à laquelle le rappeur les a habitués. Les nouveaux auditeurs risquent toutefois d’être moins convaincus, l’album manquant de véritables surprises capables de le hisser au-dessus de précédentes sorties comme “More Chaos”. (William Brown) (6/10) (Opium/Interscope)

MOMO. – Tum Tum Tum
Avec son huitième album “Tum Tum Tum”, MOMO. confirme une nouvelle fois sa place unique au sein de la musique brésilienne contemporaine. Marcelo Frota puise généreusement dans la Tropicália, l’afrobeat, le jazz, le folk rock et le psychédélisme, qu’il fusionne en un ensemble chaleureux et organique, à l’atmosphère détendue, sensuelle et estivale. La production est ouverte et naturelle, où des percussions subtiles, des lignes de basse chaleureuses, des guitares souples et des cuivres colorés offrent un écrin idéal à son chant tout en retenue. La plus grande valeur ajoutée provient des musiciens invités. La présence de la légende brésilienne de la bossa nova Marcos Valle apporte notamment un prestige supplémentaire à l’album. Sa contribution relie avec naturel le passé et le présent de la tradition brésilienne sur laquelle MOMO. construit sa musique. Nina Miranda apporte une magnifique ambiance estivale grâce à sa voix rêveuse. Le morceau d’ouverture “Egum Eô” installe immédiatement cette atmosphère détendue et révèle la forte complicité du groupe. Cette approche décontractée constitue aussi le seul petit reproche que l’on puisse adresser à l’album. En raison de son ambiance très homogène, certains morceaux manquent d’un moment véritablement marquant pour rester durablement en mémoire. Malgré cela, la qualité l’emporte : “Tum Tum Tum” est un album atmosphérique, riche et musical, qui se révèle davantage à chaque écoute et démontre que l’expérience et une inspiration sincère demeurent les meilleurs ingrédients d’une musique intemporelle. (Bart van de Sande) (7/10) (Agogo Records)

