Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Beaucoup trop pour tous les écouter, et encore moins pour tous les critiquer. Une critique par jour signifie que trop d’albums restent en attente. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums reçus à la rédaction sous forme de courtes critiques.
David Giesel – Echoes of the Unknown
Le jazz reste une magnifique scène pour les batteurs. Pensez à Gene Krupa, Art Blakey et Buddy Rich, pour n’en citer que quelques-uns. Ils ont trouvé des successeurs modernes chez des batteurs comme Vinnie Colaiuta et Simon Phillips, dont “Protocol 6” paraîtra la semaine prochaine. L’album début “Echoes of the Unknown” du batteur et compositeur David Giesel se situe quelque part entre ce travail moderne et le jazz classique. Giesel ne choisit pas la démonstration technique derrière la batterie, mais il est clairement le leader du groupe, dans lequel de nombreux musiciens invités disposent de tout l’espace nécessaire pour improviser. L’ouverture “Trial and Error” est à cet égard une réussite immédiate. L’album ne contient d’ailleurs aucun titre faible, même si la pièce-titre constitue véritablement le point culminant absolu. La construction, l’arrangement, l’exécution parfaite où l’on entend que le groupe s’est progressivement mieux soudé au fil des enregistrements. Le disque a été enregistré en live au Jazzcampus Studio Basel, une manière de travailler audacieuse mais surtout réussie avec de nouvelles compositions. Giesel n’hésite pas à repousser les frontières du genre, notamment avec la contribution de l’artiste spoken word Dae Bryant dans “Moods”. Un excellent premier album. (Jeroen Mulder) (8/10) (Double Moon Records)

Karmamoi – Eternal Mistake
“Eternal Mistake” est une histoire d’amour et une réflexion philosophique entre un humain et un humanoïde. Des éléments atmosphériques sont mêlés à de puissants riffs de guitare et des passages orchestraux. Au début, il me faut un peu de temps pour m’habituer aux voix et aux paroles parlées qui sonnent parfois déformées, ainsi qu’à la texture parfois rugueuse de la musique. Mais cela correspond au texte. Les voix et la musique sont d’abord assez calmes, puis dans le troisième morceau davantage de rock apparaît. L’atmosphère change, même au sein d’un seul titre, du surréaliste et rêveur à l’agité. Il existe d’innombrables tournures surprenantes dans la voix et la musique. “Nothing But” est un EP très varié. Le chant est tantôt calme, tantôt profondément habité. Je suis régulièrement touché par la voix et la musique. C’est également le cas dans “The Mirror – No Soul”, surtout grâce à la combinaison de la guitare et des sonorités de piano. Même sans comprendre un mot d’anglais, on ressent l’émotion dans le chant. “The Question – We Are Going Home” est un beau duo construit, dans lequel des éléments légèrement classiques sont intégrés à une musique agitée. Tous les morceaux sont complexes et soigneusement construits. “Eternal Mistake” est un album très divers et particulier. (Esther Kessel – Tamerus) (8/10) (Own Production)

Dogstar – All In Now
Dogstar revient avec “All In Now”, le quatrième album studio du trio californien composé du bassiste Keanu Reeves, du guitariste et chanteur Bret Domrose et du batteur Rob Mailhouse. Après leur retour avec “Somewhere Between the Power Lines and Palm Trees” en 2023, leur premier disque en vingt ans, le groupe paraît plus confiant et plus déterminé que jamais sur cette suite. Produit par Nick Launay, l’homme derrière des albums d’IDLES et de Nick Cave & The Bad Seeds, “All In Now” possède une netteté accrue qui sert bien le matériau. Des morceaux comme “This Sphere”, “Joy” et “Punch the Sky” évoquent le rock alternatif des années 90, avec des échos de groupes comme Better Than Ezra et Toad the Wet Sprocket, sans jamais donner l’impression d’être prisonniers de la nostalgie. Le titre phare “The Whisper” montre la puissance dramatique d’un classique à l’Echo & The Bunnymen. Il y a une certaine souplesse dans l’exécution qui rend l’album humain. Dogstar ne joue pas pour la scène, mais par véritable engagement, et cette chimie s’entend dans chaque morceau. Avec “All In Now”, le trio prouve que son retour est plus qu’une curiosité passagère. (Anton Dupont) (7/10) (Dillon Street Records)

All Them Witches – House of Mirrors
All Them Witches revient après six ans de silence avec “House of Mirrors”, leur septième album studio et leur première sortie sur un label majeur. Le groupe de Nashville a enregistré l’album en moins d’une semaine au Blackbird Studio dans sa ville natale, avec le producteur Eddie Spear, connu pour son travail avec Zach Bryan. Le résultat est l’album rock le plus direct de leur carrière, avec des éléments psychédéliques et blues intégrés dans un son plus dense et plus rocheux. Le morceau d’ouverture “Red Rocking Chair”, une reprise d’un chant folk traditionnel des Appalaches, donne immédiatement le ton avec un riff sombre et pesant rappelant Cathedral. “Culling Line” déborde de menace et présente un travail de guitare évoquant à la fois David Gilmour et Carlos Santana. La formation a été renouvelée après le départ du batteur fondateur Robby Staebler, et l’arrivée de Christian Powers a clairement apporté une nouvelle énergie au groupe. L’avant-dernier titre “The Welterweight”, écrit en hommage au grand-père du chanteur Charles Michael Parks Jr., figure parmi les morceaux les plus marquants de leur discographie. “House of Mirrors” prouve qu’All Them Witches est loin d’avoir terminé son parcours. (William Brown) (8/10) (BMG)

Kurt Vile – Philadelphia’s Been Good to Me
“Philadelphia’s Been Good to Me” est le dixième album studio de Kurt Vile et une lettre d’amour sincère à la ville qui l’a façonné. L’album a été écrit et enregistré entre 2023 et début 2026, principalement dans son studio à domicile dans le quartier de Mt. Airy à Philadelphie, complété par des sessions à Memphis, Athènes et Los Angeles. Les douze morceaux sont typiquement Vile, décontractés, riches et soigneusement négligés. Les singles “Chance to Bleed” et le rêveur “Avalanches of Snow” montrent sa capacité à tisser des lignes de guitare qui ne révèlent leur plein sens qu’à la troisième écoute. L’interprétation est plus brute et plus directe que dans ses travaux précédents, et les voix possèdent une présence qu’il n’avait pas encore autant mise en avant. Des musiciens comme Ethan Buckler de Slint et Greg Cartwright de Reigning Sound ajoutent une couleur supplémentaire à l’ensemble. L’année 2026 marque aussi le 250e anniversaire des États-Unis, avec Philadelphie comme centre des célébrations, et Vile embrasse ce contexte sans lourdeur. Un album accessible et cohérent d’un artiste qui sait exactement ce qu’il veut faire. (Anton Dupont) (8/10) (Verve Forecast)

