Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Beaucoup trop pour tous les écouter, et encore moins pour tous les critiquer. Une critique par jour signifie que trop d’albums restent en attente. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums reçus à la rédaction sous forme de courtes critiques.
Peach PRC – Porcelain
‘Porcelain’ est le premier album de la pop star australienne Shaylee Curnow, mieux connue sous le nom de Peach PRC. Alors qu’elle était auparavant connue pour ses cheveux roses vifs et sa persona théâtrale de Manic Dream Pixie, elle opte ici délibérément pour une identité plus douce et plus terre à terre. L’ouverture électropop ‘Piper’ introduit un univers boisé et féerique, tandis que ‘Eucalyptus’ explore son émerveillement spirituel récent. Sur ‘Miss Erotica’, elle plonge dans son passé de danseuse, transformé en hymne dance-pop assuré au glamour queer. ‘Out Loud’ est un hymne vulnérable sur un amour queer interdit, tandis que ‘The Palace’ décrit le rêve avec une référence à Fleetwood Mac et des sols à imprimé guépard comme imagerie. La série finale de ballades est émotionnellement convaincante, mais parfois un peu mièvre. Grâce à une production limpide et un concept artistique cohérent, Curnow parvient à réunir ses deux univers : le glamour de Peach PRC et la vulnérabilité de Shaylee. ‘Porcelain’ confirme sa place comme une voix originale et accomplie de la pop. (William Brown) (7/10) (Island/Republic)

Earl Sweatshirt, MIKE & Surf Gang – POMPEII // UTILITY
‘POMPEII // UTILITY’ est l’album collaboratif très attendu des rappeurs underground Earl Sweatshirt et MIKE, produit par le collectif new-yorkais Surf Gang. Ce double album de 33 titres est divisé en deux parties : la première, ‘Pompeii’, est l’œuvre de MIKE et traite de la déchéance et de la perte, tandis que la seconde, ‘Utility’, appartient à Earl Sweatshirt et sonne plus resserrée et plus ciblée. Les beats aériens et orientés trap de Surf Gang constituent le fil conducteur et poussent les deux rappeurs hors de leur zone de confort lo-fi. MIKE brille sur ‘Afro’ et ‘The Pope’, tandis qu’Earl reste lyriquement incisif sur des morceaux comme ‘Earth’ et ‘Home on the Range’, évoquant plus ouvertement son passé lié à l’alcool avec une honnêteté absente de ses travaux précédents. Les contributions d’invités tels que Niontay, Na-Kel Smith et Anysia Kym renforcent le sentiment de communauté. Avec 33 titres, l’album est parfois trop long, mais en tant que double portrait de deux esprits similaires se poussant mutuellement vers l’avant, ‘POMPEII // UTILITY’ est une déclaration artistique. (Norman van den Wildenberg) (8/10) (10k/Tan Cressida/Surf Gang Records)
Thundercat – Distracted
Six ans après ‘It Is What It Is’, Stephen Bruner, alias Thundercat, revient avec son cinquième album studio ‘Distracted’, publié via Brainfeeder. L’album, en grande partie réalisé avec le super-producteur Greg Kurstin, reflète la tension entre la surstimulation numérique et l’introspection. Ces dernières années, Bruner a transformé sa sobriété et ses pertes personnelles en chansons à la fois humoristiques et sincères. Le morceau d’ouverture ‘Candlelight’ donne immédiatement le ton avec une fusion jazz complexe, tandis que les singles ‘No More Lies’ avec Tame Impala et ‘I Did This to Myself’ avec Lil Yachty montrent un côté plus accessible. Particulièrement émouvante est la collaboration avec le défunt Mac Miller sur ‘She Knows Too Much’, enregistrée à l’époque et achevée avec l’autorisation de sa succession. L’album se termine avec ‘You Left Without Saying Goodbye’, une ballade jazz épurée qui revient sur un disque rempli de distraction et de tristesse. ‘Distracted’ n’est pas son œuvre la plus cohérente, mais montre Thundercat sous son jour le plus humain. (Elodie Renard) (8/10) (Brainfeeder)
Anneke van Giersbergen – La Mort
Anneke van Giersbergen n’a plus besoin d’être présentée. Cette chanteuse polyvalente s’est fait connaître dans les années 90 en devenant la voix de The Gathering. Grâce à ses qualités de compositrice et à sa voix magnifique, elle a, depuis 2007, construit une carrière solo réussie en parallèle de ses nombreux projets et collaborations. Chaque année, des millions de personnes entendent également sa voix dans l’attraction Baron 1898 à l’Efteling. Son nouvel album solo s’intitule ‘La Vie, La Mort, L’Amour’ et sera publié cette année sous forme de trilogie. La première partie, l’EP ‘La Vie’, est sortie en février 2025. Cet EP constitue la deuxième partie de la trilogie et est sorti le 27 mars de cette année. Anneke a écrit cette trilogie peu après le décès de ses parents. Les chansons sont donc, de manière compréhensible, émotionnelles et personnelles. Cet EP, comme son titre ‘La Mort’ l’indique, aborde des thèmes introspectifs sombres, en contraste avec la première partie, ‘La Vie’. Le point culminant est le dernier morceau ‘Sail Towards The Sun’, écrit au chevet de son père. Elle évoque des souvenirs de son père dans un hommage émouvant et réconfortant à l’adieu d’un être cher. ‘La Mort’ est un baume en attendant la sortie de la trilogie complète plus tard cette année. (Ad Keepers) (8/10) (LAB Music)
Bruce Hornsby – Indigo Park
Oui, celui du classique intemporel ‘The Way It Is’, Bruce Hornsby. L’homme a 72 ans et ne souhaite clairement pas être réduit à un one-hit wonder de 1986. Ce ‘Indigo Park’ se veut le témoignage d’une œuvre musicale plus riche, dans laquelle Hornsby démontre sa maîtrise de divers styles, du jazz à la pop, avec même des influences classiques. Le piano reste bien sûr sa signature : l’introduction du morceau titre en est une parfaite illustration. Il faut également souligner que Hornsby est encore étonnamment en forme vocalement. Ces dix morceaux sont de solides compositions encadrant des souvenirs personnels sans sombrer dans le sentimentalisme. Un avertissement s’impose : ceux qui attendent un album comme ‘The Way It Is’ feraient mieux de passer leur chemin. ‘Indigo Park’ montre que Hornsby, même après des décennies, n’a rien perdu de sa créativité et continue d’explorer de nouveaux territoires dans le paysage de son propre passé. De nouveaux territoires comme l’ironie avant-gardiste du singulier ‘Entropy Here (Rust in Peace)’. Ou l’expérience jazzy ‘Alabama’ avec une ligne de contrebasse, des guitares déformées et des accords de piano dissonants. Même la collaboration avec Bonnie Raitt peut être qualifiée d’expérimentale. Un album exigeant. Mais largement supérieur à ce seul tube. (Jeroen Mulder) (8/10) (Zappo Productions/Thirty Tigers)
