L’aperçu des nouveaux albums : The Linda Lindas, Interpol et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent dans la rédaction de Maxazine. Bien trop pour tous les écouter, et encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent dans la rédaction sous forme de critiques courtes.

Billy Strings – So Much For Goodbyes

Le phénoménal virtuose du bluegrass Billy Strings démontre une fois de plus sur “So Much For Goodbyes” sa maîtrise exceptionnelle des instruments à cordes traditionnels. De manière impressionnante, il parvient à combiner la musique roots classique avec une approche contemporaine, presque progressive, du genre. Le titre éponyme “So Much For Goodbyes” brille par son jeu de picking à la guitare acoustique, extrêmement rapide mais parfaitement maîtrisé, soutenu par des parties de banjo et de mandoline précises. Sur le mélancolique “Lonesome Trail”, Strings prouve également qu’il a considérablement progressé en tant que chanteur ; sa voix porte le morceau avec un sanglot authentique et chaleureux. Bien que l’album tende parfois, sur le plan des textes, vers une thématique rurale éprouvée, l’exécution musicale reste d’un niveau exceptionnellement élevé. L’équilibre entre, d’une part, une interaction virtuose et, d’autre part, des structures de chansons accessibles rend cette œuvre adaptée à un large public. L’album constitue une excellente représentation, pertinente sur le fond, du mouvement folk et bluegrass américain moderne, qui connaît actuellement un fort renouveau sur les scènes internationales. (Tobias Braun) (8/10) (Reprise Records)

Boy Harsher – Get Mean

Avec “Get Mean”, Boy Harsher envoie une fois de plus dans les ondes un disque d’électropop extrêmement sombre et envoûtant. Le duo de producteurs diabolique porte son son darkwave caractéristique, sur des morceaux comme “Get Mean”, à un niveau inédit de tension souterraine. Les lignes vocales envoûtantes planent mystérieusement au-dessus de synthés glacials et de lignes de basse impérieuses qui font parfaitement référence à “Lesser Man”. Le son est produit avec élégance, imprégné d’une esthétique froide, presque cinématographique, qui entraîne immédiatement l’auditeur dans les ombres de la boîte de nuit. Le single “Machinery” démontre à quel point le duo travaille avec raffinement et précision ; chaque pulsation est placée avec exactitude, chaque fréquence est mûrement réfléchie. Là où des groupes comparables sombrent dans des artifices industriels clichés, cette sortie conserve un équilibre élevé et journalistiquement captivant entre électronique avant-gardiste et arrangements accrocheurs. Une œuvre fascinante et extrêmement élégante qui façonne magistralement le côté sombre de la synthpop. (Elodie Renard) (8/10) (Nude Club)

Ty Segall – Chrome

Le glouton du garage rock Ty Segall livre une nouvelle fois avec “Chrome” une bonne dose d’amplificateurs grondants et de mélodies abrasives. Sur des morceaux tels que “Chrome” et l’énergique single “Fuzz Brain”, l’ensemble sonne à nouveau familièrement brut et joyeusement désordonné. Pourtant, cette sortie soulève également quelques questions lorsque l’on considère l’ensemble de son œuvre, notamment “Melt”. Alors que l’Américain surprenait encore parfois sur ses albums précédents avec des détours psychédéliques ou des escapades acoustiques, cet album semble par moments quelque peu routinier sur le plan textuel et compositionnel. Les guitares saturées martèlent agréablement, mais les accroches mémorables qui caractérisent son meilleur travail font ici et là défaut. La production offre une surface agréablement abrasive, même si cela ne peut pas totalement dissimuler le fait que certaines chansons sont quelque peu formulaires dans leur construction. L’écoute reste divertissante pour les amateurs du genre, mais au sein de l’impressionnante discographie du musicien, il est devenu un album assez prudent et moyen. (Anton Dupont) (6/10) (Drag City)

 

The Linda Lindas – Gotta Get Out

Le quatuor adolescent The Linda Lindas apporte avec “Gotta Get Out” une nouvelle dose de punk rock énergique. Les filles de Los Angeles semblent naturellement à nouveau très enthousiastes sur le single “Resolution”, dans lequel des batteries rapides et des riffs de guitare précis donnent le ton. Pourtant, on remarque que les chansons semblent cette fois un peu moins spontanées que sur leur premier album. Les morceaux semblent parfois être construits un peu trop selon la même formule, ce qui rend malheureusement des titres comme “Losing Game” quelque peu répétitifs. Bien que les harmonies joyeuses restent contagieuses, les textes auraient tout de même pu avoir un peu plus de profondeur. La production sonne de manière remarquablement polie et lisse, ce qui atténue un peu le côté punk brut qui les rendait justement si charmantes. Ce n’est absolument pas un mauvais disque et il s’écoute très bien, mais cette fois, elles ne surprennent malheureusement pas vraiment. Cela ressemble à un pas en avant assez prudent sur l’échelle musicale, alors qu’un soupçon de risque supplémentaire aurait rendu l’ensemble beaucoup plus passionnant. (William Brown) (6/10) (Epitaph)

Interpol – This Mirror Weighs a Ton

Avec “This Mirror Weighs a Ton”, Interpol prouve que son son post-punk caractéristique tient toujours solidement. Le guitariste Daniel Kessler assemble sur le single “This Mirror Weighs a Ton” des riffs incisifs avec la voix mélancolique et sèche de Paul Banks, ce qui évoque immédiatement des réminiscences de leur ancien chef-d’œuvre “Turn On the Bright Lights”. Bien que les quatre musiciens ne réinventent jamais la roue musicale sur des morceaux suivants comme “Shadows Fall”, l’ensemble du disque dégage une classe rigoureuse et contenue qui ne lasse jamais. Là où nombre de leurs contemporains peinent à rester pertinents, le trio livre ici une collection de chansons exceptionnellement solide et concentrée. Les lignes de basse entraînantes et les rythmes envoûtants maintiennent constamment la tension au niveau de précision de tireur d’élite auquel nous sommes habitués avec eux. Ce n’est pas une avancée révolutionnaire, mais en termes de savoir-faire et d’atmosphère, cet album convainc sans effort de la première à la dernière seconde. Une merveilleuse addition captivante à l’œuvre du groupe. (Cian Murphy) (7/10) (Matador Records)