Cheikh Ibra Fam, chanteur, compositeur et multi-instrumentiste sénégalais, ancien membre de l’Orchestra Baobab, signe avec ‘Adouna’ son deuxième album solo international, paru en avril 2026 sur le label américain Cumbancha.
La première chose qui frappe à l’écoute de ‘Xam Xam’, le single d’ouverture, c’est la voix. Fam passe d’un registre à l’autre sans effort apparent, et sa voix de tête est d’une pureté remarquable: non pas un ornement, mais un outil expressif utilisé avec une précision chirurgicale. C’est le signe d’une formation sérieuse. Il évoque lui-même l’influence déterminante de figures comme Balla Sidibé et Issa Sissokho dans son parcours au sein de Baobab, des mentors dont il porte encore la trace. Inspiré par la mémoire de Sissokho, le saxophoniste ténor légendaire de l’Orchestra Baobab disparu en 2019, Fam a lui-même pris en main le saxophone ténor pour lui rendre hommage. Les cuivres sur ‘Adouna’ en témoignent: impeccables, chaleureux, jamais ostentatoires.
Fam a commencé à façonner les chansons dans son studio à La Réunion, esquissant des idées mélodiques, des structures rythmiques et des arrangements vocaux, avant d’inviter des musiciens du Sénégal, de Gambie, de France, du Rwanda, du Canada et de La Réunion. Cette géographie dispersée n’est pas un argument marketing: elle s’entend. ‘Adouna’ sonne comme un carrefour. Grateful Web
‘Gnou Mbollo’, qui signifie en wolof ‘unissons-nous’, combine les traditions ouest-africaines avec les grooves de la diaspora et trace une ligne de Congo à Panama, de Sénégal au Brésil. L’album se construit ainsi, numéro après numéro, comme un manifeste de solidarité transatlantique avec un fond dansant assumé. ‘Xam Xam’ rend hommage à l’oncle guitariste qui a éveillé sa curiosité artistique, bâti sur un fondement scintillant de kora, de zouk et de rythmes kizomba angolais, célébrant le savoir comme clé de l’émancipation. C’est le sommet de l’album: les couches s’articulent, la mélodie reste, le propos ne semble jamais plaqué. World Music CentralCumbancha
‘Shabida’ a été écrit pour rendre hommage aux jeunes Africains qui prennent le risque d’un voyage périlleux vers l’Europe ou les États-Unis en quête d’une vie meilleure. Que Fam aborde ce sujet sans verser dans le pathos, c’est une réussite. Sa foi Baye Fall, dont les principes de tolérance et d’humilité irriguent ses textes, lui évite les postures. Putumayo
‘Adouna’ dure trente-huit minutes. C’est court pour ce qu’il prétend embrasser. Certains titres comme ‘Gondi’ et ‘Weurseuk’ restent en surface, correctement fabriqués mais sans aspérité. La production de Hakim Abdulsamad, finalisée par Jacob Edgar et Simon Walls entre le Vermont et Montréal, est soignée, peut-être trop: les bords sont lissés là où un peu de rugosité aurait rendu les thèmes de migration et d’incertitude plus tangibles. Un album qui parle de ceux qui traversent la Méditerranée peut se permettre quelques aspérités. Cheikh Ibra Fam
Ce métissage musical est une démarche lucide, et le résultat est suffisamment exotique pour séduire les salles européennes, suffisamment familier pour passer à la radio. Mais c’est précisément là que réside la limite: les artistes qui composent pour tout le monde risquent de ne toucher personne en profondeur.
Fam occupe une position singulière dans le paysage musical sénégalais: trop moderne pour les puristes du mbalax, trop ancré dans la tradition pour les nouvelles générations d’Afrobeats. C’est un espace inconfortable mais fécond. ‘Adouna’ démontre qu’il peut l’habiter avec élégance. La voix est là. L’école de Baobab est là. Pour l’auditeur francophone à la recherche d’une porte d’entrée vers la musique sénégalaise contemporaine, ‘Xam Xam’ est le meilleur point de départ: cherchez ce que Youssou N’Dour faisait sur ‘The Guide’ en 1994, et vous comprendrez dans quelle tradition Fam s’inscrit, avec ses propres mots.(7/10) (Cumbancha)
