Les Fradkin s’est fait connaître aux États-Unis en tant que membre de l’ensemble original de Broadway de “Beatlemania”, dans lequel il jouait le rôle de George Harrison. Dans les années 1980, il s’est imposé comme un pionnier de la technologie de la guitare MIDI, ce qui lui a valu le surnom de ‘Dr. MIDI’. Avec “Mr. Midi Guitar”, sorti en février 2016, Fradkin présente un album qui illustre sa vision du rock néoclassique. Il se compose de huit compositions numériquement remastérisées issues d’albums précédents et d’un nouvel enregistrement, “Ode To Joy”.
L’album s’ouvre sur “Lift Off”, une composition énergique qui donne le ton. L’utilisation par Fradkin de la Starr Labs Ztar, une guitare MIDI futuriste, est au cœur de son son. Grâce à cette technologie, il transforme des chefs-d’œuvre classiques en arrangements de rock progressif qui estompent les frontières entre les genres.
Le cœur de l’album est constitué de compositions baroques et classiques réinterprétées. “Presto Changeo” réinvente le mouvement Presto de Bach d’une sonate pour violon avec des lignes puissantes de guitare MIDI. La version de Fradkin du “Canon In D” de Pachelbel, qui avait auparavant atteint le top 10 sur Amazon en single, combine mélodies pop et éléments baroques. L’arrangement de “Sabre Dance” de Khachaturian montre sa maîtrise technique, la pièce étant jouée avec beaucoup d’énergie et des passages virtuoses. “Summer” des “Four Seasons” de Vivaldi démontre sa capacité à fusionner les mondes classique et rock dans une production accessible mais riche.
Le morceau le plus long est “Bach Rocks”, qui, avec plus de cinq minutes, explore différents thèmes de Bach. “Warp Drive”, une composition originale, apporte une variation bienvenue parmi les arrangements classiques. L’album se termine par “Presto Changeo (Reprise)”, qui adopte une approche théâtrale et ajoute une atmosphère mystérieuse. La production de “Mr. Midi Guitar” est complexe et détaillée. Fradkin a utilisé Apple Logic Pro, MOTU Digital Performer et Propellerhead Reason pour réaliser sa vision sonore. Son style de production se caractérise par une compression généreuse, des niveaux d’enregistrement élevés et une couche sonore dense qui invite à des comparaisons avec des producteurs comme Phil Spector et Joe Meek. Malgré l’enregistrement numérique, il obtient une chaleur rappelant les techniques analogiques des années 1960.
La force de l’album réside dans la maîtrise technique de Fradkin et l’utilisation innovante de la technologie MIDI. Il joue lui-même tous les instruments, créant un son cohérent qui reflète pleinement sa vision. Les arrangements sont méticuleux et respectent les compositions originales tout en les transformant en quelque chose de contemporain. Pour les amateurs de rock néoclassique et de musique instrumentale, c’est une expérience d’écoute fascinante. Cependant, l’album présente aussi des limites. Le choix de compositions principalement réinterprétées offre peu de surprises pour ceux qui connaissent déjà le travail antérieur de Fradkin. Huit des neuf morceaux sont des remasters de matériel précédemment publié. Bien que le remaster numérique améliore la qualité sonore, cela soulève des questions sur l’originalité. La production dense peut parfois être écrasante, les détails des instruments individuels se perdant dans le mix.
L’absence de variation de tempo et de dynamique peut rendre l’album monotone lors d’une écoute complète. Bien que chaque morceau individuel soit solide, l’ensemble manque d’un développement narratif qui maintient l’attention de l’auditeur. Pour ceux qui ne connaissent pas la musique classique ou le rock progressif, l’accessibilité peut poser un défi. “Mr. Midi Guitar” est un album techniquement impressionnant qui confirme la position de Fradkin comme pionnier de la guitare MIDI. Il montre ce qui est possible lorsque la musique classique et la technologie moderne se rencontrent. Pour les fans de Les Fradkin et les amateurs de rock instrumental néoclassique, c’est un ajout précieux. L’album réussit à insuffler une nouvelle vie aux chefs-d’œuvre classiques sans en perdre l’essence, mais reste un produit de niche qui séduira principalement un public spécifique. (7/10) (RRO Entertainment)
