L’aperçu des nouveaux albums : Ulver, Marilyn Manson et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Bien trop nombreux pour tous les écouter, encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent à la rédaction sous forme de critiques courtes.

Ulver – Liminal Animals

Les caméléons norvégiens livrent avec “Liminal Animals” leur troisième album consécutif de synthpop, un genre qu’ils continuent étonnamment d’embrasser après des décennies de changements stylistiques radicaux. L’album s’ouvre avec “Ghost Entry”, qui accueille l’auditeur dans une atmosphère envoûtante des années quatre-vingt où la voix de Kristoffer Rygg agit comme un crooner sinistre au-dessus de synthétiseurs scintillants. Le sentiment de mélancolie qui traverse l’album est renforcé par des thèmes de perte et d’adieu, d’autant plus significatifs que le claviériste Tore Ylwizaker est décédé peu après les enregistrements. Des titres comme “A City In The Skies” et “Forgive Us” combinent des paroles sombres sur l’autodestruction humaine avec des mélodies paradoxalement accessibles rappelant Tears for Fears. Les deux pièces instrumentales “Nocturne” offrent un moment de répit entre les morceaux chantés, tandis que les onze minutes de “Helian” clôturent l’album avec du norvégien parlé et des nappes électroniques flottantes. Bien que l’album n’atteigne pas les sommets remarquables de “The Assassination Of Julius Caesar”, Ulver démontrent avec “Liminal Animals” leur maîtrise de la création d’une atmosphère cohérente et subtile. La production d’Anders Møller offre un paysage sonore richement stratifié dans lequel les éléments orchestraux et la trompette de Nils Petter Molvær se tissent subtilement dans les textures électroniques. (Norman van den Wildenberg) (7/10) (House Of Mythology)

Bedsore – Dreaming The Strife For Love

La formation italienne de death metal progressif surprend avec son deuxième album complet, révélant un changement radical par rapport à “Hypnagogic Hallucinations” (2020). L’album-concept, basé sur l’œuvre renaissance du XVe siècle “Hypnerotomachia Poliphili” de Francesco Colonna, fonctionne comme une lettre d’amour au rock progressif des années soixante-dix, où synthétiseurs, mellotron et orgue Hammond occupent le devant de la scène. Le titre d’ouverture “Minerva’s Obelisque” donne immédiatement le ton avec six minutes d’exploration instrumentale comprenant cymbales jazz, basse fretless et cuivres reléguant l’esthétique death metal à l’arrière-plan, tandis que des voix féminines sans paroles flottent au-dessus d’arrangements rappelant Goblin et Jethro Tull. La pièce centrale de douze minutes “A Colossus, An Elephant, A Winged Horse, The Dragon Rendezvous” montre le claviériste Stefano Allegretti passant sans effort de l’orgue au mellotron puis aux synthétiseurs, tandis que saxophone et guitare s’engagent dans un duel luxuriant. Le batteur Davide Itri prouve sa maîtrise avec des motifs subtils de toms et des roulements aux maillets laissant de l’espace aux textures superposées, même si sa grosse caisse perd parfois un peu de puissance. La production de Lorenzo Stecconi crée une image sonore spacieuse où chaque instrument reste clairement audible, même dans les moments les plus chaotiques. Le chanteur Jacopo Gianmaria Pepe utilise principalement des cris blackened contrastant avec l’instrumentation chaleureuse, sa voix s’enfonçant parfois dans le mix comme si elle faisait partie du brouillard psychédélique. Bien que les fans du premier album puissent être déçus par le manque de riffs death metal traditionnels, “Dreaming The Strife For Love” révèle un groupe assumant pleinement ses ambitions progressives. L’album positionne Bedsore comme une voix unique dans la scène du death metal progressif, réalisant une fusion plus naturelle entre le prog des années soixante-dix et le metal extrême que de nombreux contemporains. (William Brown) (8/10) (20 Buck Spin)

Lisa Hilton – Extended Daydream

Il faut de l’audace pour ouvrir un album avec une interprétation libre et osée de “So What”. Et il faut un courage presque surnaturel pour présenter à la fois Miles Davis et la star pop contemporaine Billie Eilish dans le même disque. La pianiste Lisa Hilton y parvient : le contraste entre l’ouverture, où le groupe a tout l’espace pour montrer son talent (écoutez notamment le solo de trompette remarquable d’Ingmar Thomas), et le très retenu “Wildflower” d’Eilish ne pourrait être plus grand. “Extended Daydream” constitue ainsi une démonstration très réussie de polyvalence et de la capacité à relier classiques et matériel contemporain grâce aux arrangements personnels de Hilton. Le choix du répertoire et les croisements présents dans les compositions résultent d’un goût large : jazz traditionnel, blues, latin, grooves profonds et mélodies subtiles — tout fait partie du jeu de Hilton et de son groupe de cinq musiciens. Parmi les belles pièces figurent “Tropical Tuesday”, “Blues on the Beach” et “Sunset Tale” : un jazz délicieux, interprété avec énergie et élégance par un groupe soudé laissant malgré tout place à l’expression individuelle. L’audace est récompensée. (Jeroen Mulder) (8/10) (Lisa K Hilton)

Starmen – Starmenized II

Le groupe suédois Starmen sort son cinquième album avec “Starmenized II”. Les membres de Starmen ne sont pas des débutants et ont acquis leur expérience dans des groupes comme Narnia et The Poodles. Leur musique s’apparente à celle de The Poodles et rend hommage aux groupes des années soixante-dix et quatre-vingts tels que Kiss et Whitesnake. Starmen utilisent également maquillage et pseudonymes, ce qui pourra sembler un peu kitsch à certains. N’attendez pas une musique novatrice. L’originalité est difficile à trouver, mais ce n’est pas l’objectif du groupe. Ce qu’ils font, ils le font remarquablement bien. Les fans de Starmen, de The Poodles et de Kiss trouveront un excellent album de plus. (Ad Keepers) (8/10) (Melodic Passion Records)

Marilyn Manson – One Assassination Under God – Chapter 1

Le rocker controversé revient après quatre ans de silence et de conflits juridiques avec un album clairement conçu comme une réponse aux accusations ayant failli détruire sa carrière. Produit par Tyler Bates, “One Assassination Under God – Chapter 1” présente un Manson vocalement plus fort qu’il ne l’a été depuis des années, sa sobriété portant visiblement ses fruits. Le titre d’ouverture s’ouvre sur des sonorités industrielles menaçantes et des guitares lourdes, tandis que les paroles visent explicitement ses détracteurs. “No Funeral Without Applause” se distingue par des guitares rappelant Weezer dans les couplets, combinées au sens dramatique caractéristique de Manson. L’album oscille entre le rock industriel plus lourd de sa période classique et le rock gothique plus discret de ces dernières années. “As Sick As The Secrets Within” combine des couches d’instrumentation dense avec la performance vocale la plus polyvalente de l’album. Toutefois, il reste problématique d’entendre “Sacrilegious” et d’autres morceaux où Manson se présente comme victime alors que les procès sont encore frais dans les mémoires. “Death Is Not A Costume” aborde une thématique religieuse avec des lignes évoquant des taches de sang sur les mains de Jésus, bien que la provocation en 2024 soit moins choquante qu’espéré. Le morceau final “Sacrifice Of The Mass” révèle une facette vulnérable avec guitares acoustiques et un solo digne de Robin Trower. Musicalement, l’album est solide et satisfera les fans, mais le contexte entourant sa sortie rend difficile la séparation entre l’homme et l’œuvre. (Anton Dupont) (6/10) (Nuclear Blast)