L’aperçu des nouveaux albums : Joey Bada$$ , Eric Gales et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Beaucoup trop pour tous les écouter, encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait qu’il reste trop d’albums de côté. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent à la rédaction sous forme de critiques courtes.

Joey Bada$$ – Lonely at the Top

Après trois ans de silence, Joey Bada$$ revient avec ‘Lonely at the Top’, un album compact mais polyvalent qui prouve sa croissance artistique. Le rappeur de Brooklyn, connu pour des classiques comme ‘Paper Trail$’, prouve qu’il reste pertinent dans le paysage hip-hop contemporain. L’album, créé en six mois avec une ‘mentalité mixtape’, montre un artiste à l’aise avec ses racines boom-bap comme avec les expérimentations modernes. En termes de production, Joey surprend avec des beats élégants et soul qui dépassent son habituel son East Coast gris. ‘Dark aura’ et ‘Underwater’ montrent sa capacité à manier différents styles vocaux, des mélodies façon Don Toliver à l’introspection façon J. Cole. Les collaborations d’Ab-Soul, Rapsody et Westside Gunn ajoutent de la texture sans éclipser son propre récit. L’album aurait pu bénéficier de plus de focus sur le matériel solo de Joey, vu son potentiel lyrique sur des morceaux comme la cinématique chanson-titre. ‘Lonely at the Top’ prouve que Joey Bada$$ sait encore comment moderniser le hip-hop traditionnel. Un retour solide qui séduira autant les anciens fans que les nouveaux venus. (Elodie Renard) (7/10) (Columbia Records)

Gabriel Alegría Afro-Peruvian Sextet – El Muki

Autrefois, le ‘taqui’ était probablement la seule musique qui résonnait haut et nasal entre les crêtes des Andes. Jusqu’à l’arrivée des Espagnols qui, entre les XVIe et XIXe siècles, amenèrent des milliers d’Africains comme esclaves au Pérou, et avec eux d’autres influences musicales. Cela créa un mélange particulièrement riche d’influences indigènes, espagnoles et africaines. Gabriel Alegría ajoute encore un élément à ce mélange : avec son Afro-Peruvian Sextet, il fait du ‘festejo’ depuis plus de vingt ans, enrichi du jazz qu’il a assimilé à New York. On entend des rythmes africains, combinés avec le tempérament entraînant sud-américain et la ‘coolness’ des rythmes jazz et bebop américains, artistiquement entrelacés par Alegría. Chaque arrangement fait mouche, le travail indéniable d’un professionnel qui emmène son auditeur, le submerge et l’immerge comme les vagues majestueuses du Pacifique sur lesquelles les surfeurs se laissent porter avec grâce mais audace depuis Mancora Beach. Voilà la musique d’Alegría : elle ondule, parfois intense, puis retenue. ‘Luciérnagas/Fireflies’ est l’un des morceaux les plus calmes, introduit par le beau jeu de guitare acoustique de Jocho Velásquez. L’énergie revient ensuite au carré dans ‘Mala Señal/Bad Sign’. L’un des points culminants est le funky ‘La Zafira/The Harvest’ qui se construit vers l’apothéose où l’on peut effectivement sentir, sentir et goûter la riche récolte. La reprise du hit des Police ‘Walking on the Moon’ menace un moment d’être une conclusion très décevante de l’album, mais ici aussi le savoir-faire d’Alegría ne nous laisse pas tomber en insérant une pause particulière comme prélude à une magnifique fin. Digne du festejo. (Jeroen Mulder) (8/10) (Saponegro Records)

Brad Mehldau – Ride into the Sun

Le pianiste de jazz Brad Mehldau s’aventure à nouveau dans les interprétations de musique pop, cette fois avec un hommage étendu au tragiquement disparu singer-songwriter Elliott Smith. Sur ‘Ride into the Sun’, Mehldau transforme dix compositions de Smith en arrangements jazz intimes, complétés par quatre de ses propres compositions qui respirent son esprit. L’album s’ouvre magnifiquement avec ‘Better Be Quiet Now’, où les riches tons de piano de Mehldau sont soutenus par un orchestre de 18 musiciens dirigé par Dan Coleman. Des invités comme Daniel Rossen (Grizzly Bear) et Chris Thile ajoutent des couches texturales, particulièrement audibles sur l’entraînant ‘Tomorrow Tomorrow’. La réinterprétation par Mehldau du célèbre ‘Between the Bars’ de Smith montre sa capacité à sublimer la mélancolie sans perdre l’émotion originale. Le pianiste réussit à élever les chansons vulnérables de Smith de leur contexte dépressif, reconnaissant la douleur mais offrant aussi l’espoir. Les points culminants sont les pièces de piano solo ‘Sweet Adeline’ et ‘Sweet Adeline Fantasy’, où la virtuosité de Mehldau s’exprime pleinement. Le morceau-titre de près de dix minutes clôt magistralement l’album comme un voyage contemplatif à travers l’héritage musical de Smith. (Jan Vranken) (7/10)  (Nonesuch Records)

Eric Gales – A Tribute to LJK

Eric Gales livre avec ‘A Tribute to LJK’ un hommage déchirant et en même temps galvanisant à son frère Manuel ‘Little Jimmy King’ Gales, décédé en 2002. Ce bluesman de Memphis rassemble autour de lui un casting impressionnant : Buddy Guy, Joe Bonamassa, Christone ‘Kingfish’ Ingram et Josh Smith contribuent tous à ce tour de force émotionnel. L’album explose d’énergie dès l’ouverture ‘You Shouldn’t Have Left Me’, avec le jeu de guitare gaucher de Gales qui brûle de passion. ‘Don’t Wanna Go Home’, avec le solo tranchant de Bonamassa, a ce groove slinky qui rappelle ‘Kiss’ de Prince – instantanément reconnaissable et irrésistiblement accrocheur. La collaboration entre trois générations de légendes du blues sur ‘It Takes a Whole Lotta Money’ démontre la camaraderie au sein du monde du blues. Gales réussit merveilleusement à redonner vie à l’héritage de son frère sans trahir les chansons originales. La production de Bonamassa et Smith sonne chaleureuse et pleine, avec assez d’espace pour chaque instrument. L’album se termine puissamment avec ‘Somebody’, où la voix expérimentée de Buddy Guy s’harmonise parfaitement avec la slide guitar de Roosevelt Collier. Un chef-d’œuvre qui rend honneur à Manuel Gales et confirme le statut d’Eric comme l’un des meilleurs guitaristes au monde. (Jan Vranken) (9/10) (Provogue)

Sabrina Carpenter – Man’s Best Friend

Après le succès commercial de ‘Short n’ Sweet’, Sabrina Carpenter revient rapidement avec ‘Man’s Best Friend’, un album qui se distingue surtout par ses jeux de mots sexuellement chargés et sa pochette controversée. Avec le producteur Jack Antonoff aux commandes, elle navigue à travers 38 minutes de pop-rock qui divertit autant qu’elle irrite. L’album commence fort avec le hit ‘Manchild’, une accusation teintée de country contre les hommes immatures qui reste immédiatement en mémoire. ‘Tears’ montre le talent comique de Carpenter quand elle chante à quel point c’est attirant quand un homme monte des meubles IKEA, pensez à ‘Ironic’ d’Alanis Morissette mais volontairement drôle. La production inspirée disco fonctionne parfaitement avec son choix de mots ludique. Malheureusement, le concept s’évide par trop de répétition des mêmes thèmes. Des morceaux comme ‘Sugar Talking’ et ‘We Almost Broke Up Again Last Night’ donnent l’impression d’être du remplissage, tandis que les allusions sexuelles constantes perdent leur impact par excès. ‘Go Go Juice’ ramène bien l’énergie avec son refrain contagieux sur les ex-petits amis ivres qui envoient des textos. Carpenter montre indéniablement sa capacité à faire de la pop intelligente et son timing comique, mais ‘Man’s Best Friend’ donne plus l’impression d’une suite hâtive que d’un pas artistique mûrement réfléchi vers l’avant. (Jan Vranken)(6/10) (Island Records)