L’aperçu des nouveaux albums : Bon Iver, Jah Wobble et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Beaucoup trop pour tous les écouter, encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent à la rédaction sous forme de critiques courtes.

Jon Gold – Things Are Looking Up

Le compositeur et pianiste Jon Gold ne manque certainement pas de productivité. En janvier, Gold a livré l’album “Anahi”, clairement inspiré par son séjour au Brésil. Ce “Things Are Looking Up” est d’un tout autre ordre. Cela se remarque déjà à la liste des musiciens présents sur l’album. L’un des grands noms est Mauricio Zottarelli, membre régulier des groupes d’accompagnement de Lee Ritenour et Dave Grusin, ici coproducteur et batteur sur la plupart des titres. Parfois, les baguettes passent entre les mains de JT Bates, producteur exécutif et batteur régulier d’Ed Sheeran et Taylor Swift. On retrouve également le saxophoniste Bryan Murray, qui vient de terminer une tournée avec David Byrne, figure emblématique des Talking Heads. En somme, il s’agit d’un véritable casting d’étoiles avec lequel Gold a réalisé une sorte d’album hommage, composé de morceaux dédiés à des personnes importantes pour lui, comme le légendaire ingénieur du son Rudy Van Gelder, responsable du son des années soixante chez Blue Note. Ou encore des légendes du jazz telles que le saxophoniste Gary Bartz, avec une belle contribution de Murray, et le trompettiste Woody Herman Shaw. Tous ces hommages aboutissent à un album de fusion divertissant et accessible, qui ne rebutera personne. (Jeroen Mulder) (7/10) (Entropic Records)

Dermot Kennedy – The Weight of the Woods

Avec son troisième album “The Weight of the Woods”, l’auteur-compositeur-interprète irlandais Dermot Kennedy revient à ses racines. Après ses deux albums numéro un “Without Fear” (2019) et “Sonder” (2022), l’album a été en grande partie enregistré dans un studio près de son domicile à Dublin, en collaboration avec le producteur Gabe Simon, qui a déjà travaillé avec Noah Kahan et Lana Del Rey. Kennedy s’est inspiré de la forêt derrière sa maison et a utilisé des instruments traditionnels irlandais tels que les uilleann pipes, le bodhrán et le dulcimer. Des titres comme “Refuge” et “Honest” le montrent comme un balladeur particulièrement convaincant, tandis que “Endless” évolue d’un moment intime au piano vers un crescendo émotionnel. Des passages expérimentaux rappellent Bon Iver et Sigur Rós, mais les moments les plus forts résident dans les chansons sobres et directes. Le morceau-titre clôt l’album comme une ballade de ménestrel errant. “The Weight of the Woods” est un disque sincère et terre-à-terre qui séduira son public de stades, mais qui se révèle le plus touchant dans ses instants les plus dépouillés. (William Brown) (7/10) (Island)

Daphne Roubini and Black Gardenia – Whisky Scented Kisses

L’une des premières informations notables que l’on découvre dans la biographie de Daphne Roubini est qu’elle est la fondatrice de Ruby’s Ukes, la plus grande école de ukulélé en dehors d’Hawaï. Elle a également lancé le Vancouver Ukulele Festival. On pourrait donc penser que “Whisky Scented Kisses” est un album où ces petites guitares tiennent le rôle principal. Jusqu’à ce que l’on écoute le disque et que l’on entende une voix féminine rauque, au timbre sombre et sensuel, chanter son état d’esprit en mineur. Avec son groupe Black Gardenia, Roubini propose un jazz vocal clairement inspiré de l’âge d’or du genre, avec des figures emblématiques comme Billie Holiday et Ella Fitzgerald. Cependant, “Whisky Scented Kisses” veut être plus qu’un simple souvenir des années quarante et cinquante. Aux côtés des standards, cette artiste canadienne tente de redonner vie au genre avec ses propres compositions, et heureusement sans ukulélé. À cet égard, la compositrice Roubini se montre plus convaincante que la chanteuse. Elle a développé un style dans lequel elle compense son registre limité par un phrasé libre et conversationnel, parfois proche du murmure, alors que les lignes mélodiques des arrangements sobres demandent davantage d’expression vocale. Néanmoins, Roubini s’en sort grâce à la suggestion. Une suggestion qui éveille la curiosité, comme le parfum d’un bon vieux whisky. On a envie d’y goûter. (Jeroen Mulder) (7/10) (La Reserve Records)

Bon Iver – Volumes: One

Avec “Volumes: One”, Justin Vernon lance un nouveau projet d’archives inspiré de la Bootleg Series de Bob Dylan et des Neil Young Archives. Ce premier volume réunit dix enregistrements live de la période 2019 à 2023, interprétés par le groupe live de Bon Iver composé de six musiciens, dont Jenn Wasner, Sean Carey et Matthew McCaughan. Des enregistrements provenant de lieux tels que The Forum à Los Angeles, le Pitchfork Music Festival à Chicago et WOMADelaide en Australie forment un ensemble cohérent qui documente l’évolution du groupe. Des titres comme “Hey, Ma”, “Jelmore” et “33 God” sonnent ici plus pleins et plus directs que leurs versions studio, tandis que “Heavenly Father” revient sur les plateformes de streaming. Un moment marquant est la reprise d'”A Satisfied Mind”, qui a évolué grâce à la synthèse vocale caractéristique de Vernon. “Volumes: One” n’est pas simplement un album live, mais une déclaration artistique soigneusement construite qui révèle l’essence de Bon Iver, pour ceux qui le savaient déjà comme pour ceux qui ne l’ont jamais su. (Norman van den Wildenberg) (8/10) (Jagjaguwar)

Jah Wobble & Jon Klein – Automated Paradise

“Automated Paradise” est le premier album officiel des musiciens légendaires du post-punk John Wardle, mieux connu sous le nom de Jah Wobble, et de Jon Klein, ancien guitariste de Siouxsie and the Banshees. Les deux se connaissent depuis les années 1980 et ont déjà collaboré sporadiquement par le passé, notamment sur l’album solo de Wobble “Step Up” en 2023. Wobble doit sa notoriété en tant que bassiste original et cofondateur du groupe post-punk Public Image Ltd. Son surnom lui a été donné par Sid Vicious, qui a un jour prononcé son vrai nom John Wardle comme Jah Wobble dans un moment d’ivresse. Les huit morceaux d'”Automated Paradise” combinent le jeu de basse caractéristique ‘dub-thunder’ de Wobble avec les parties de guitare tranchantes et les arpèges de Klein. Les thèmes abordés incluent l’effondrement social et l’influence de l’IA. Sur le morceau “Read Between The Lines”, l’acteur emblématique Anthony Hopkins contribue en récitant un poème et en jouant de la guitare et du clavier. Cette musique s’adresse à un public de niche et peut être décrite comme The Police avec du spoken word au lieu du chant. À vous de décider si cet album est fait pour vous. (Ad Keepers) (7/10) (Dimple Discs)