L’aperçu des nouveaux albums : The National, DMX et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Bien trop nombreux pour tous les écouter, et encore moins pour tous les critiquer. Une critique par jour fait qu’il reste trop d’albums délaissés. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent à la rédaction sous forme de critiques courtes.

Max Ionata Special Edition – Tivoli

La plupart des gens associeront le nom Tivoli au parc du centre de Copenhague. À moins que vous ne soyez d’Utrecht, auquel cas vos premières pensées concerneront une salle de concert. Ou vous pourriez penser à une petite ville près de Rome. Le saxophoniste Max Ionata relie l’atmosphère méditerranéenne de la ville italienne au hygge danois. L’album s’ouvre sur les sonorités chaleureuses de ‘Canción para Sara’, suivi du sobre ‘Consolation’. Les grooves alternent avec des compositions calmes et soutenues, souvent — ou presque exclusivement — centrées sur le saxophone ténor d’Ionata, soutenu par Martin Sjöstedt (piano), Jesper Bodilsen (contrebasse) et Martin Maretti Andersen (batterie). Pourtant, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que certaines parties sont forcées ; la musique ne semble jamais vraiment ‘libre’, même dans les improvisations. Comme si le concept de fusionner les ambiances sud-européennes et scandinaves était trop recherché, trop rigide, trop contraint. Cela explique peut-être pourquoi la plupart des pièces sont de longueur modeste. Les exceptions sont deux compositions plus importantes : ‘Det Lysner – The Dawning Light’ et ‘Mr. GT’, qui déborde d’énergie. Ces morceaux montrent le quartet à son meilleur dans les pistes orientées swing. Avec une durée de moins de quarante minutes répartie sur huit titres, c’est un album agréable qui ne heurtera personne. Mais des albums publiés sur le label Mingus, on attend plus. (Jeroen Mulder) (6/10) (Mingus Records)

Carnal Savagery – Crypt Of Decay

‘Crypt Of Decay’ est le septième album du duo de death metal suédois Carnal Savagery. L’inspiration est abondante pour Mikael Lindgren, qui joue tous les instruments, et le chanteur/growler Mattias Lilja. Sept albums en cinq ans, c’est assurément productif. ‘Crypt Of Decay’ partage le même défaut que les six précédents albums de Carnal Savagery. Il y a quelques morceaux exceptionnels, un vrai plaisir à écouter, mais aussi des compositions plus faibles, acceptables mais sans éclat. Des ‘killers’ et des ‘fillers’, en somme. Les paroles explorent différents serial killers et leurs styles de vie morbides, tandis que la musique est du Swedeath metal, très proche de Dismember, l’un des fondateurs du genre. Ce n’est pas l’exécution mais la composition qui continue de poser problème à Carnal Savagery. (Ad Keepers) (6/10) (Moribund Records)

Fat Joe – The World Changed On Me

Le rappeur du Bronx Fat Joe présente avec son onzième album studio une œuvre contradictoire qui peine avec son identité. À 54 ans, Joe tente d’adopter des sons modernes, produisant un album parfois authentique, parfois forcé. La production, à 54 % assurée par Cool & Dre, est l’élément le plus solide de l’album. Le morceau titre ‘The World Changed On Me’ se rapproche le plus du Fat Joe vintage, avec une production soul à la manière de Just Blaze, où il réfléchit à son passé dans les années 80 et à son adaptation au monde actuel. Des morceaux comme ‘Us’ avec Remy Ma et une intro de Chris Rock sont percutants, tandis que ‘I Got You’ avec Babyface offre une ambiance R&B agréable. Malheureusement, beaucoup d’autres titres semblent génériques, Joe imitant des flows mieux adaptés à de jeunes rappeurs. ‘Paradise’ avec Anitta et DJ Khaled paraît daté, comme sorti en 2005. La qualité des collaborations est variable, et l’album manque de direction claire. Avec seulement 31 minutes, le projet aurait pu être plus fort si Joe s’était concentré sur son propre style au lieu de suivre les tendances. (Norman van den Wildenberg) (5/10) (EMPIRE Distribution)

DMX – Let Us Pray: Chapter X

Le deuxième projet posthume de DMX se concentre entièrement sur la dimension spirituelle du légendaire rappeur de Yonkers, le producteur primé Warryn Campbell ayant composé de nouvelles musiques autour de prières enregistrées précédemment sur les six premiers albums studio d’Earl Simmons. Le résultat est une sortie controversée de seulement huit titres, dont quatre sont des versions instrumentales des quatre premiers morceaux, limitant la durée à 27 minutes. Campbell crée des arrangements originaux allant de parties chorales baroques à des beats trap modernes, tandis que les apparitions de Killer Mike, Snoop Dogg, Lecrae et MC Lyte complètent les monologues de prière de DMX. L’ouverture ‘Favor’ montre comment les harmonies du groupe gospel Mary Mary se fondent avec les remerciements de DMX envers son créateur, tandis que ‘Bear With Me’ avec Lecrae unit rap chrétien et prière. Le morceau final ‘Until I’m Gone’ avec Snoop Dogg et Terrace Martin fait trembler la voix de DMX d’émotion alors qu’il évoque sa mortalité et sa foi. Bien que la production soit soignée et les intentions sincères, le projet soulève des questions sur la façon dont DMX aurait lui-même voulu documenter sa spiritualité. Les critiques soulignent que cela profite davantage à Def Jam qu’à DMX, et qu’un album complet avec des collaborations gospel choisies aurait probablement été sa préférence. Le projet oscille maladroitement entre hommage et exploitation commerciale, mais offre un aperçu de la religiosité sincère qui a toujours été au cœur de son identité. (Elodie Renard) (5/10) (Def Jam)

The National – Rome

Pour ceux qui affirment depuis des années qu’il faut vivre The National en live pour comprendre leur musique, voici la preuve définitive sous la forme de ce double album live étendu de 21 titres. Enregistré le 3 juin 2024 dans la magnifique Cavea de l’Auditorium Parco della Musica Ennio Morricone lors de leur tournée commune avec The War on Drugs, ce disque capture l’essence de ce qui rend le groupe si distinctif sur scène. La setlist couvre un quart de siècle de matériel, du brut ‘Murder Me Rachael’ de leur premier album aux compositions récentes comme ‘Tropic Morning News’ et ‘Smoke Detector’. Le baryton caractéristique de Matt Berninger apparaît encore plus authentique en live, passant d’une intensité contrôlée à des moments cathartiques de libération. Les frères jumeaux Aaron et Bryce Dessner offrent des parties de guitare complexes qui constituent un socle solide, tandis que le batteur Bryan Devendorf est l’arme secrète du groupe avec son groove humain et puissant qui donne vie même aux morceaux les plus doux comme ‘I Need My Girl’. Mixé par le collaborateur de longue date Peter Katis, l’album sonne étonnamment clair et cinématographique sans perdre l’énergie brute d’un live. La présence du public se ressent tout au long, culminant dans le final émotionnel ‘Vanderlyle Crybaby Geeks’, où des milliers de fans chantent chaque mot. Bien que des titres comme le presque sept minutes ‘Smoke Detector’ auraient pu être raccourcis et que ‘The System Only Dreams In Total Darkness’ paraisse maladroit, ce document démontre de manière convaincante pourquoi The National est considéré comme l’un des meilleurs groupes live de sa génération. (Anton Dupont) (8/10) (4AD)