L’aperçu des nouveaux albums : Mumford & Sons, Altın Gün et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Bien trop nombreux pour tous les écouter, encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent à la rédaction sous forme de critiques courtes.

Alan Morse – So many words

Multi-instrumentiste, Alan Morse joue des claviers, de divers instruments à cordes et du violoncelle. On peut les entendre sur son dernier album solo “So many words”. Le son du morceau d’ouverture est trop faible par rapport au reste. “Shadow of the Sun” est un duo intimiste et légèrement sucré entre Alan et son frère Neal. Le violoncelle d’Alan se fond magnifiquement dans l’ensemble. Parmi les musiciens invités figurent Markus Riegler et Ted Leonard. Le mélange des différentes voix fonctionne bien; la sonorité est assez douce, en adéquation avec des textes susceptibles d’apporter du réconfort. Certaines phrases du chant principal sont déformées; on entend également des effets et des sons industriels. L’ensemble n’est pas toujours parfaitement équilibré. Les différents batteurs fournissent un travail solide, même si le son manque parfois de chaleur. Les introductions sont plus marquantes que les conclusions. Par moments, la musique présente de nombreuses couches, dont le timbre brut et reconnaissable de la guitare vintage d’Alan. Les 11 morceaux variés donnent l’impression d’une compilation. Certaines parties du chant et de la musique sont prévisibles, mais il y a aussi des éléments surprenants. (Esther Kessel-Tamerus) (7/10) (Production indépendante)

Jake Mason Trio – The Modern Ark

En 2009, Jake Mason a décroché un énorme succès international, non pas sous son propre nom, mais comme l’un des trois burners de Cookin’ On 3 Burners. Dans le remix de Kungs, “This Girl” a atteint le top dix des classements presque partout. On retrouve ce même Jake Mason sur “The Modern Ark”, où il propose un délicieux jazz à l’orgue Hammond aux côtés du guitariste James Sherlock et du batteur Danny Fischer. “The Modern Ark” ne produira sans doute pas de tubes, mais pour l’amateur qui sait apprécier la B3, cet album est une friandise. Mason accorde un grand soin à la sonorité vintage de son trio, grâce à l’amplificateur à lampes et à l’écho live-to-tape. Dès les premières notes du morceau d’ouverture “The Last Piece”, on est happé dans un univers où Jimmy Smith, Larry Young, célébré dans “Boogaloo Popcorn”, Jack McDuff et Don Patterson ont été des pionniers et ont élevé la B3 au rang d’instrument de jazz à part entière. L’Australien Mason enrichit en outre cet univers d’un engagement sincère. Dans le morceau-titre, le chanteur invité Kurt Elling donne voix aux grandes inquiétudes concernant l’humanité et la planète: une arche moderne doit offrir le salut. Une deuxième invitée, Kate Ceberano, apparaît sur “Stop Searching For Love”, une soul authentique. Le trio mène ensuite vers le final ultime, le très rapide “Here’s Your Change”, où Fischer brille particulièrement par une batterie virtuose. (Jeroen Mulder) (8/10) (Soul Messin’ Records)

WILLOW – petal rock black

Sur son septième album studio “petal rock black”, WILLOW franchit un pas artistique radical: pendant un an et demi, elle a écrit, produit et enregistré l’album entièrement seule, accompagnée uniquement de son ingénieur du son. Le résultat est une exploration courte mais méditative du jazz spirituel et de l’art pop, inspirée par Alice Coltrane et Joni Mitchell. Un texte parlé de la légende funk George Clinton ouvre l’album, le saxophoniste de jazz Kamasi Washington brille sur “Play”, et le duo expérimental Tune-Yards ajoute une autre couche d’incertitude à “Omnipotent”. Dans “Hear Me Out”, l’intention de pardonner s’effondre sous son propre poids, tandis que “Ear to the Cocoon” devient une prière intime. L’album est beau, mais avec seulement 26 minutes de durée, trop court pour convaincre pleinement; de nombreuses idées méritent plus d’espace. Comme déclaration artistique d’indépendance, “petal rock black” est remarquable, même si, dans son ensemble, il est moins captivant que son précédent album “Empathogen”. (Elodie Renard) (7/10) (Three Six Zero)

Altın Gün – Garip

Le quintette amstellodamois Altın Gün revient avec “Garip”, son sixième album studio et un hommage affectueux au légendaire barde folk anatolien Neşet Ertaş, décédé en 2012. Les dix titres sont basés sur des compositions d’Ertaş et sont entièrement réinventés par le groupe: “Gönül Dağı” reçoit un traitement funk-rock ample avec des cordes du Stockholm Studio Orchestra, tandis que “Suçum Nedir” couve pendant six minutes comme un cri de l’âme anatolienne avec saxophone et funk cinématographique. “Benim Yarim” se transforme en électro-folk dub, et le morceau final “Bir Nazar Eyledim” avance sur des claviers à la Giorgio Moroder pour un final dramatique. L’album est plus éclectique et plus retenu que les œuvres précédentes, avec moins de psych rock ostentatoire et davantage de couleurs atmosphériques. Le chanteur Erdinç Eçevit porte l’album sur ses épaules depuis le départ de la co-chanteuse Merve Daşdemir, et il le fait avec conviction. “Garip” prouve qu’Altın Gün est un groupe qui évolue avec une pleine maturité. (Norman van den Wildenberg) (8/10) (ATO/Glitterbeat)

Mumford & Sons – Prizefighter

À peine un an après “Rushmere”, Mumford & Sons revient avec son sixième album studio “Prizefighter”, produit par Aaron Dessner de The National. Le disque est une suite logique de leur travail précédent: introspectif, rempli de folk rock à base de stomp-clap et cette fois enrichi par une impressionnante liste d’invités, dont Chris Stapleton sur “Here”, Hozier sur “Rubber Band Man”, Gigi Perez sur “Icarus” et Gracie Abrams sur “Badlands”. Aucun des invités ne vole la vedette; leurs contributions servent l’ensemble. “The Banjo Song” est, ironiquement, l’un des morceaux les plus forts, tandis que le titre de clôture “Clover” conclut l’album de manière acoustique et sobre. Les références littéraires sont toujours présentes, mais plus légèrement assimilées qu’auparavant. L’album offre suffisamment aux fans fidèles, mais Mumford & Sons ne prend pas de grands risques et reste confortablement dans son son éprouvé. Ceux qui espéraient un renouvellement audacieux seront quelque peu déçus, mais ceux qui aiment le groupe trouveront ici un disque fiable et bien réalisé. (Anton Dupont) (7/10) (Glassnote)