Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent à la rédaction de Maxazine. Beaucoup trop pour tous les écouter, et encore moins pour les chroniquer. Une critique par jour signifie que trop d’albums restent en attente. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent à la rédaction sous forme de critiques concises.
Mammal Hands – Circadia
Avec Rob Turner (ancien membre de GoGo Penguin), le groupe britannique Mammal Hands a de nouvelles mains tenant les baguettes, et cela s’entend. Sur aucun album précédent, la batterie n’a été aussi présente et déterminante pour le son. Fondé en 2012, le groupe est devenu, grâce aux critiques élogieuses de Jamie Cullum, une valeur sûre du jazz contemporain, avec des influences folk, post-rock et électronique. L’ensemble de “Circadia” est plus up-tempo que les travaux précédents, presque agressif, mordant : cela se ressent clairement dans “Alia’s Abandon”. C’est l’un des morceaux où Turner brille, tandis que Nick Smart au piano répète le thème comme un mantra, laissant de l’espace pour l’improvisation riche du saxophoniste et frère Jordan Smart. Mais après quelques morceaux, la conclusion est que ce sixième album n’apporte que peu à l’œuvre du groupe britannique. En fait, à mi-parcours, cela commence à ennuyer. Chaque morceau suit une structure presque identique : le thème au piano, un début calme avec l’introduction du thème, pour aboutir à une apothéose où Turner et Jordan peuvent se manifester. Ce n’est certainement pas un mauvais album, mais on en attendait plus d’un trio ayant un contrat récent avec le label de renom ACT. Il faut plus qu’un batteur créatif : le matériel n’est pas aussi audacieux que Mammal Hands veut nous le faire croire. (Jeroen Mulder) (6/10) (ACT Music)

Mitski – Nothing’s About to Happen to Me
Avec “Nothing’s About to Happen to Me”, Mitski poursuit son exploration du silence et du dérangement dans des compositions indie-pop compactes. L’album s’appuie sur l’atmosphère de “Laurel Hell”, mais opte souvent pour des arrangements sobres où la guitare, l’électronique subtile et sa voix caractéristique sont au centre. Dans des morceaux comme “Where’s My Phone” et “If I Leave”, elle explore l’aliénation et l’auto-observation sans sombrer dans le mélodrame. La production est maîtrisée, laissant place aux silences qui donnent plus de poids aux paroles. Thématiquement, il s’agit du contrôle et de la conscience que le changement tarde parfois à se produire, bien développé à travers des motifs mélodiques récurrents. La tension se maintient par de subtils changements de dynamique et de rythme. Mitski se montre ici comme une auteure-compositrice qui construit un tout cohérent avec des moyens minimes, qui gagne à être réécoutée. (Elodie Renard) (8/10) (Dead Oceans)

Bruno Mars – The Romantic
Sur “The Romantic”, Bruno Mars revient à la soul et au funk des années 70, sans perdre son sens de la pop. Les singles “I Just Might” et “Risk It All” reposent sur des cuivres et des rythmes serrés rappelant son travail sur “24K Magic”, mais le ton est cette fois plus réfléchi. Mars chante sur l’engagement et le doute dans les relations, avec son falsetto et son phrasé rythmique au centre. La production est chaude et analogique, avec beaucoup d’attention aux parties jouées en live. Pourtant, cela n’est jamais superficiel, car une légère mélancolie se cache sous les couches dansantes. L’album privilégie clairement la cohérence plutôt que l’expérimentation. Cela réduit parfois l’effet de surprise, mais les mélodies fortes et les arrangements soignés maintiennent un niveau constant. “The Romantic” confirme Mars comme un artisan de la pop et de la soul contemporaines. (William Brown) (7/10) (Atlantic Records)

Wild Blue Herons – It’s All About Love
Le duo canadien Bill Sample et Darlene Cooper fait du jazz en tant que Wild Blue Herons, mais avec une grande dose de soul, gospel et pop. Sur ce troisième album, “It’s All About Love”, nous entendons un son désormais familier sans que cela devienne répétitif. Le premier album était surtout funky, le deuxième plus sobre et intime. “It’s All About Love” sonne surtout plus riche grâce à des arrangements plus complets, incluant des cuivres. C’est un excellent ajout, rendant les compositions plus vivantes et passionnantes. On l’entend immédiatement sur le morceau d’ouverture “Mr. Wigly” : un groove funk profond construit sur un riff de piano, encadré et propulsé par le trombone et le sax ténor. Cela donne le ton pour le reste de l’album. En résumé, Wild Blue Herons s’est transformé en formation de fusion. Écoutez “Live in the Moment” et “Whatcha Gonna Do With Your Life” pour vous convaincre. Le groove, les arrangements, le chant de Cooper : c’est comme écouter une compilation GRP. Pas que Sample et Cooper atteignent GRP, mais on entend clairement un groupe expérimenté et bien synchronisé où les musiciens se renforcent mutuellement. Non seulement sur les morceaux up-tempo, mais aussi sur les ballades comme “Someday” et même sur l’interprétation sucrée de la standard surjouée “You Are My Sunshine”, bien que nous ayons pu nous en passer. (Jeroen Mulder) (7/10) (Independent)

Zagga – Piece of Paradise
Zagga, le chanteur-compositeur jamaïcain qui avait déjà impressionné avec “Energy Never Lie”, montre avec “Piece of Paradise” qu’il ne laisse pas sa croissance artistique au hasard. L’album de 13 titres, produit par Amini Music, délivre exactement ce que promet le titre : une échappée musicale du quotidien. La production oscille harmonieusement entre rythmes classiques one-drop et reggae contemporain avec une sensibilité presque pop. Les points forts incluent “I’m Alright” avec l’inévitable Tarrus Riley et “Mama Say” avec Alaine, où Zagga exploite pleinement son talent pour transmettre des messages profonds dans des mélodies accrocheuses. Quiconque a déjà ondulé sur “Is This Love” de Bob Marley retrouvera la même chaleur familière ici. L’album joue parfois la sécurité, mais ce n’est guère un défaut quand le résultat sonne si soigné. “Piece of Paradise” est un reggae qui vous fait vous sentir chez vous immédiatement. (Elodie Renard) (7/10) (ONErpm)

