L’aperçu des nouveaux albums : Lily Löw, Phil Martin et plus

Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent dans la rédaction de Maxazine. Bien trop pour tous les écouter, et encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent dans la rédaction sous forme de critiques courtes.

Mobilhome – That Though Tender

Jazz avant-gardiste pour les nostalgiques du pop-rock. Donc. ‘That Though Tender’ est le premier album de la superband bruxelloise Mobilhome. Nous n’avons pas inventé ce terme de ‘superband’ ; le groupe se fait sa propre publicité ainsi. Le texte marketing retentissant qui l’accompagne (y compris la référence à Frank Zappa) ne déçoit pas. Ça promet. ‘That Though Tender’ commence avec “Running Away From the Blaze” : un riff up-tempo servant de base à des sons dissonants provenant de cuivres ou de synthés. Le deuxième morceau, “fushhh ===”, suit le même schéma, et l’on craint un instant que ce soit le concept de tout l’album. Cela rappelle vaguement le travail de Captain Beefheart, bien que Beefheart ait été révolutionnaire avec “Trout Mask Replica”. Heureusement, “=== hiking in the mountains after escaping the deadly fire” puise ailleurs et nous séduit davantage. Mieux : on y entend la musicalité promise de Mobilhome. Avec “Elliot”, c’est l’un des meilleurs morceaux, surtout grâce au superbe saxophone profond qui joue un rôle central dans les deux morceaux. Puis il y a “Naked”, qui ne dure que treize secondes, et dont l’intention nous échappe. Peut-être le principal défaut de ‘That Though Tender’ est-il l’incohérence. Quelques belles pièces sont présentes, mais trop peu pour maintenir l’intérêt sur l’ensemble de l’album. D’une supergroupe autoproclamé, on attend plus, surtout si l’on ose citer Zappa. (Jeroen Mulder) (6/10) (Mokuhi Sonorities)

Moonchild Sanelly – Full Moon

L’artiste sud-africaine Moonchild Sanelly présente son troisième album studio, “Full Moon”, portant son genre inventé future ghetto funk à de nouveaux sommets. Produit par Johan Hugo, qui a travaillé avec Self Esteem et MIA, l’album fusionne gqom, amapiano, afro-punk et beats électroniques en un ensemble contagieux. L’ouverture “Scrambled Eggs” impose immédiatement le ton avec un rythme dub et le flow caractéristique de Sanelly, suivie de “Big Booty”, chargée sexuellement et célébrant l’empowerment féminin. Des morceaux comme “Do My Dance”, “Gwara Gwara” et “In My Kitchen” montrent sa capacité à fusionner les genres, tandis que “To Kill a Single Girl (Tequila)” dévoile sa vulnérabilité. L’album surprend particulièrement vers la fin avec “Mntanami”, chanté en xhosa sur les pères absents, et le final “I Was the Biggest Curse”, où Sanelly réfléchit à l’acceptation de soi. Bien que certains morceaux risquent la répétition en raison de la constante focalisation sur la sexualité, l’énergie reste élevée sur les quarante-deux minutes. C’est un portrait coloré et exubérant d’une artiste pleinement elle-même. (Elodie Renard) (8/10) (Transgressive)

Phil Martin – Mystical Funk II

Samba, disco, funk. Le batteur et producteur Phil Martin mélange ces styles depuis 25 ans, produisant des beats épais et irrésistibles, signature de Martin depuis le premier “Mystical Funk”. Après cet album, il a collaboré avec Jazzinvaders, Vipertones, Azymuth et Dr. Lonnie Smith. Cette expérience s’entend sur “Mystical Funk II”. Tous les styles mentionnés apparaissent, Martin jouant presque tous les instruments lui-même. De “Astral Flow” à “Celestial Connection”, c’est une machine à groove. La batterie et la percussion occupent naturellement le devant de la scène dans des compositions aux titres cosmiques. Les synthés vintage et le disco-funk à la Nile Rodgers évoquent les pistes de danse des années 70-80, comme dans “Galactic Afro Groove”. Le morceau suivant, “Mercury Overdrive”, commence également par un riff Moog classique. Admirable : Martin reste cohérent. La tentation de mettre un vrai solo de trompette est évitée ; un synthétiseur reproduit le son de trompette d’époque. Avec la talk box dans “Space & Time”, la soirée est assurée. Comme il se doit, “Mystical Funk II” sort en vinyle. Où sont les pantalons pattes d’eph ? On va danser. (Jeroen Mulder) (8/10) (Social Beats)

Ethel Cain – Perverts

Avec “Perverts”, Hayden Anhedönia, alias Ethel Cain, s’éloigne radicalement du folk accessible de “Preacher’s Daughter”. Ce long opus de quatre-vingt-dix minutes plonge dans le drone, le dark ambient et le slowcore, avec quatre titres de plus de onze minutes. Le morceau titre “Perverts” commence par douze minutes de voix déformées et de bruit statique, tandis que “Pulldrone” combine quinze minutes de parole monotone avec un drone menaçant. Les moments plus accessibles viennent de “Punish”, le seul single avancé, et du aérien “Vacillator”, mais même ceux-ci semblent enregistrés sous l’eau. Cain a écrit, produit et enregistré tout elle-même en Pennsylvanie et en Floride, choisissant volontairement un son qui détournera l’auditeur occasionnel. Influencée par les nouvelles de Donald Ray Pollock, l’album explore la perversité objectivement. Pour ceux qui supportent l’inconfort, “Perverts” révèle des profondeurs cachées, mais ce n’est pas une musique de fond : il exige une immersion totale dans l’univers obscur de Cain. L’album réussit à créer une œuvre d’art perturbante et belle. (William Brown) (8/10) (Daughters of Cain)

Lily Löwe – Beautiful Disaster

La chanteuse norvégienne Lill Sofie Wilsberg, connue sous le nom de Lily Löwe, s’est fait connaître lors de la sélection norvégienne du Melodic Grand Prix 2022 avec “Bad Baby”. En parallèle de sa carrière de chanteuse, elle travaille dans le cinéma et la télévision norvégiens comme styliste et pour le maquillage et les costumes, notamment pour la série Rådebank. Début de cette année, elle reste active dans la musique et le cinéma/télévision. Son premier album, sorti en 2022 sous le nom de son groupe, s’intitule “Löwe”. Le groupe a également publié des singles et un mini-album, “Glitter & Gore”, tous bien accueillis en Norvège. Le deuxième album complet, “Beautiful Disaster”, sort maintenant sur son label “Löwe”. Les textes explorent émotions et expériences réelles, chaque morceau abordant des thèmes différents comme le pouvoir, la force et l’autodestruction. Deux ballades figurent sur l’album : le titre “Beautiful Disaster” et le final/single principal “Love Like This”. Le morceau le plus puissant est “Beg For You”, favori personnel. L’album mêle hard rock puissant et morceaux mélodiques et sensibles, tous interprétés avec maîtrise par Lily Löwe. Émotionnelle et fragile sur les titres mélancoliques, puissante sur les rockers. Le multi-instrumentiste norvégien Adrian Sunde Bjerketvedt participe en tant que guitariste, co-compositeur et producteur. Musicalement, on pourrait dire qu’elle est la Halestorm norvégienne, bien que ce soit réducteur. Un bel album avec de superbes guitares et un chant au-dessus de la moyenne de la talentueuse Lily Löwe. (Ad Keepers) (7/10) (Löwe)