Chaque semaine, des dizaines de nouveaux albums arrivent dans la rédaction de Maxazine. Bien trop pour tous les écouter, et encore moins pour les critiquer. Une critique par jour fait que trop d’albums restent sur l’étagère. Et c’est dommage. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui un aperçu des albums qui arrivent dans la rédaction sous forme de critiques courtes.
Philip Shouse – Side I
Philip Shouse est l’homme le plus célèbre que personne ne connaît dans le monde du rock. Pendant des années, il a fait partie des groupes de tournée des membres de Kiss, Gene Simmons comme guitariste et bassiste et Ace Frehley. On peut également l’entendre sur l’album “Origins Vol.2” d’Ace Frehley. Il a aussi travaillé avec John Corabi (The Scream/Mötley Crüe) et la star country rock Rodney Atkins. “Side I” est littéralement et figurativement un album solo. Philip Shouse assure lui-même le chant, la basse et la guitare. La musique sur “Side I” est très mélodique avec de belles harmonies inspirées par The Beatles. On peut aussi penser à Tom Petty et Led Zeppelin. Mais la majorité des cinq belles chansons de ce mini-album de début prometteur peut être décrite comme du country pop rock. J’attends déjà la suite (“Side 2”?)! (Ad Keepers) (8/10) (Wild Kingdom/Sound Pollution)

Champian Fulton – Flying High: Still Soaring
On les appelait les ‘canaries’ : des chanteuses de jazz qui se sont fait un nom dans les années trente et quarante avec les big bands de Glenn Miller, Artie Shaw, Gene Krupa et Benny Goodman avant de devenir des stars en solo. La pianiste et chanteuse américaine Champian Fulton rend sur “Flying High: Still Soaring” un hommage digne à ces illustres prédécesseures. De l’ouverture “S’posin'” jusqu’à “Sentimental Journey”, Fulton montre qu’elle est une véritable maîtresse de ce genre. Rien d’étonnant, car le Great American Songbook lui a été inculqué dès son plus jeune âge. L’art consiste alors à faire sonner ce matériau de manière fraîche et originale et Fulton y parvient. Elle reçoit l’aide de plusieurs grandes voix de ce domaine : Bria Skonberg, Tahira Clayton, Carmen Bradford et Nicole Zuraitis. Dans “What a Little Moonlight Can Do”, on entend bien la force de Fulton : les arrangements restent fidèles à la tradition du swing sans paraître dépassés. Cela donne toute la place au chant, tandis que le piano de Fulton voltige autour de la voix avec une légère touche rythmique. Pour les amateurs de swing et de jazz vocal, c’est un disque particulièrement charmant : élégant, énergique et manifestement réalisé par amour pour la tradition du swing. (Jeroen Mulder) (8/10) (Songbook Ink)

Anjimile – You’re Free To Go
Anjimile fait de la musique comme quelqu’un qui respire après avoir retenu son souffle sous l’eau pendant longtemps. “You’re Free To Go” est intime, vulnérable et par moments d’une beauté écrasante. Des textes sur la liberté, l’identité et le fait de lâcher prise sont portés par une voix qui frappe directement la poitrine. Là où le premier album d’Anjimile était davantage ancré dans le folk, cet album choisit consciemment l’ouverture, plus d’espace, plus de silence, plus de lumière. Écoutez la chanson-titre comme point de départ : si cela ne vous convainc pas, cet album n’est pas pour vous. Mais il y a de fortes chances que ce soit le cas. (Elodie Renard) (7/10) (4AD)

Modha – At Your Place
Sans âme, réfléchi et poli. Le duo berlinois Dhanya Langer et Max Scholl ne cache pas son opinion sur une grande partie de la musique contemporaine. Sous le nom de Modha, le duo veut surprendre son public avec une énergie brute emballée dans des compositions expérimentales. Les chansons traitent de sujets pertinents tels que la santé mentale, mais aussi du défi de l’artiste face à la réalité émotionnelle et économique de la vie quotidienne. Bonjour. Un tel marketing promet rarement quelque chose de bon. Heureusement, le marketing se trompe complètement ici, car “At Your Pace” est un album délicieux, bien moins expérimental que le marketing ne veut nous le faire croire, notamment grâce à des musiciens invités comme la chanteuse Allysha Joy dans le langoureux et jazzy “Good News” ou le crossover hip hop “Bullet” avec un texte acéré du rappeur de Baton Rouge Wakai. Le sommet est “River”, avec la participation du claviériste hongrois Ábasé et un magnifique solo de flûte de Fanni Zahár. Modha combine ainsi le jazz avec une bonne dose de R&B et de hip-hop. Rien de nouveau sous le soleil, mais très bien fait. Énergie brute ? Non. Pour cela, tout sonne trop réfléchi et poli. Heureusement. Un point en moins pour le marketing agressif. (Jeroen Mulder) (7/10) (Sonar Kollektiv)

James Blake – Trying Times
Blake revient comme un homme qui est enfin devenu son propre patron. “Trying Times”, son septième album studio et le premier sans major, sonne comme un soupir de soulagement après des années d’étouffement contractuel. Les ingrédients familiers sont toujours présents : cette voix de fausset hallucinée, la production presque douloureusement silencieuse, les textures électroniques qui ressemblent à du béton mouillé. Mais une nouvelle sérénité s’y trouve. Ceux qui pensaient que ce serait l’album de la crise existentielle se trompent. C’est l’album de quelqu’un qui a trouvé la paix. Pas aussi urgent que “Retrograde”, mais tout aussi réfléchi. Convient à tous ceux qui ont toujours trouvé James Blake un peu trop bruyant. (Jan Vranken) (7/10) (GOOD BOYS COMPANY)

