Francis Rossi – The Accidental

Sept ans, c’est une éternité dans le rock ‘n’ roll, mais Francis Rossi ne comptait pas. Le leader de Status Quo n’avait aucun plan pour sortir un autre album solo. Il bricolait simplement en studio, branchant des guitares, faisant du bruit avec Hiran Ilangantilike, un jeune guitariste qui avait autrefois été un camarade de classe des enfants de Rossi, quand la foudre a frappé. Ce qui en est sorti n’était pas seulement un disque, c’était “The Accidental”, un rappel brut, poing sur la table, que certains des plus grands moments du rock naissent lorsque l’on cesse de s’acharner.

Il s’agit de la première sortie solo de Rossi depuis 2019 et marque une rupture nette avec les ballades acoustiques de son travail précédent. Fini les harmonies superposées et l’introspection teintée de country. À la place : quatorze titres de rock direct, porté par la guitare, rappelant pourquoi le boogie à trois accords de Rossi a fait des arènes de Status Quo des temples du rock. Le titre de l’album dit tout, ce n’était pas fabriqué, cela a été découvert.

Le morceau d’ouverture “Much Better” donne le ton avec son allure américaine, mais c’est seulement lorsque Rossi lâche pleinement sa Les Paul que “The Accidental” trouve son rythme cardiaque. “Go Man Go” explose avec des guitares résilientes et un rythme martelant capable de réveiller les morts, tandis que “Something In The Air (Stormy Weather)” introduit un côté plus sombre et menaçant avec ses riffs staccato et ses rythmes scandés. C’est le son d’un trésor national de 76 ans qui sait encore faire transpirer les enceintes.

L’arme secrète de l’album se trouve au milieu. “Picture Perfect” délivre ce groove caractéristique de Rossi, immédiatement reconnaissable, irrésistiblement rythmique, le genre de morceau qui s’insinue sous la peau et refuse de partir. “November Again” suit avec un refrain mélancolique qui se développe en un chorus entraînant, grâce au bassiste John ‘Rhino’ Edwards et au batteur Leon Cave qui s’ancrent dans un groove rappelant le meilleur de la période tardive de Quo. Puis vient “Beautiful World”, six minutes glorieuses de boogie vintage canalisant le Frantic Four à leur apogée. Pensez au tonnerre de l’ère “Rockin’ All Over the World”, celui qui faisait tanguer les balcons du Glasgow Apollo.

“Push Comes To Shove” prend une voie inattendue, son rythme évoquant “London Calling” de The Clash avant de glisser dans une théâtralité music-hall qui ne devrait pas fonctionner mais qui fonctionne parfaitement. Ce sont ces moments de chaos contrôlé qui élèvent “The Accidental” au-dessus de la simple nostalgie. Rossi et le coproducteur Andy Brook comprennent que jouer sur ses points forts ne signifie pas jouer la sécurité.

Le casting d’accompagnement mérite reconnaissance. Le sang neuf d’Ilangantilike dynamise les vieux os de Rossi, tandis que le collaborateur de longue date Bob Young contribue à deux titres portant la marque classique Rossi/Young. Les chœurs d’Amy Smith ajoutent constamment de la dimension, et il y a une chimie sincère dans ces performances, le son de musiciens qui s’amusent réellement au lieu de répéter les gestes.

Tout ne fonctionne pas parfaitement. “Dead of Night” semble obligatoire, et des morceaux comme “Be My Love” explorent des terrains connus sans innover. Les fans hardcore du rock plus dur des années 70 de Status Quo pourraient trouver certains titres trop doux à leur goût. L’album aurait bénéficié d’un ou deux morceaux supplémentaires avec la mordant de “Something In The Air”, ajoutant plus de contraste aux rockers directs.

Mais ce sont de petits détails sur un album qui maîtrise les bases. “Back On Our Home Ground” s’aventure dans le blues façon ZZ Top avec une finesse contenue, tandis que la ballade finale “Time To Remember” prouve que Rossi peut encore émouvoir sans sacrifier la puissance. Construite autour d’un piano oscillant et de mélodie, c’est une coda appropriée pour un album qui n’a jamais demandé la permission d’exister.

“The Accidental” ne parle pas de courir après la pertinence ou de retrouver sa jeunesse. Il s’agit d’instinct, de groove et de savoir exactement qui vous êtes avec une guitare en main après plus de cinquante ans. Rossi n’a rien à prouver et tout à dire, et c’est là que réside la magie. À une époque de retours calculés et de sorties stratégiques, voici un album né parce que quelqu’un ne pouvait s’empêcher de faire du bruit. Parfois, c’est tout ce que le rock ‘n’ roll doit être. (7/10) (earMUSIC)