Hier, le 4 avril 2025, Amadou Bagayoko, guitariste et chanteur du célèbre duo malien Amadou & Mariam, est décédé à l’âge de 70 ans après une période de maladie. Son décès marque la fin d’un voyage musical extraordinaire qui s’est étendu sur plus de quatre décennies et a laissé une empreinte indélébile sur la scène musicale mondiale.
La rencontre qui allait changer le monde de la musique
L’histoire d’Amadou & Mariam commence en 1974, lorsque Amadou Bagayoko, alors âgé de 21 ans, et Mariam Doumbia, 18 ans, se sont rencontrés à l’Institut malien pour les jeunes aveugles à Bamako. Tous deux partageaient un amour profond pour la musique – lui en tant que guitariste, elle en tant que chanteuse. Ils ont rapidement découvert leurs intérêts musicaux communs, et ce qui a commencé comme une connexion personnelle s’est transformé en l’une des collaborations musicales les plus influentes d’Afrique.
Depuis 1980, ils se produisaient ensemble, d’abord en Afrique, puis à partir de 1985 en France et dans des festivals de musique du monde entier. Leur style musical, qu’ils décrivaient eux-mêmes comme “afro-blues”, combinait la musique traditionnelle malienne avec des influences occidentales comme les guitares rock, mais aussi des éléments de diverses cultures : trompettes cubaines, trombones colombiens et tablas indiens.

Percée mondiale
La percée internationale du duo est survenue en 2004 avec l’album ‘Dimanche à Bamako’, produit par Manu Chao. Le titre phare “Beaux Dimanches” est devenu un succès mondial et a ouvert les portes du duo à un public encore plus large. Leur son unique et leurs performances captivantes les ont menés sur les plus grandes scènes du monde.
Leur impressionnante carrière comprend des collaborations avec des artistes comme Damon Albarn de Blur et Gorillaz, des performances avec Coldplay, U2 et Stevie Wonder, et même une prestation pour Barack Obama lors de la cérémonie de son prix Nobel de la paix en 2009. Ils ont composé la chanson officielle pour la Coupe du monde de football en Allemagne en 2006 et se sont produits lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris en 2024, où ils ont donné une interprétation particulière de “Je suis venu te dire que je m’en vais” de Serge Gainsbourg – un titre qui prend maintenant une signification douloureuse.
Un récent triomphe à Bruxelles
Il y a à peine un an, le 28 mars 2024, le duo donnait un concert mémorable dans une Ancienne Belgique comble à Bruxelles. En tant que journaliste musical, j’ai eu le privilège de chroniquer ce concert pour Maxazine, une expérience qui prend maintenant une signification particulière à la lumière du décès d’Amadou.
Dans ma critique, j’ai décrit comment le duo a captivé le public dès les premières notes. La soirée s’est transformée en ce que j’ai qualifié de “concert légendairement bon” avec une “synergie” particulière entre le groupe et le public. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’était la découverte surprenante que derrière la personnalité aimable et charismatique d’Amadou se cachait un talent exceptionnel de guitariste, qui s’est pleinement exprimé lors d’un interlude enflammé.
Impact culturel
L’impact culturel d’Amadou & Mariam va bien au-delà de la musique. En tant que “couple aveugle du Mali”, ils ont attiré l’attention sur les problèmes auxquels sont confrontés les personnes aveugles et handicapées. Leur succès a repoussé les limites et brisé les stéréotypes.
Leur musique était non seulement innovante par la fusion de différents styles, mais aussi par les messages profonds de leurs paroles. Ils racontaient des histoires d’amour, de perte et d’expérience humaine universelle, tout en abordant des thèmes sociaux, comme la migration dans leur chanson “C’est Chaud” – un morceau sur les personnes qui quittent leur pays natal à la recherche d’une vie meilleure.
Consternation dans le monde de la musique
Le décès d’Amadou a provoqué une vague d’émotions dans le monde de la musique. Manu Chao, qui a étroitement collaboré avec le duo, a réagi sur Instagram : “Amadou ! Nous serons toujours ensemble… Avec toi où que tu ailles. Mariam, Sam, toute la famille, votre douleur est ma douleur. Je vous aime.”
Mathieu Sabarly, directeur du festival Rencontres et Racines à Audincourt, où le duo devait se produire en tête d’affiche en juin, a également réagi avec stupeur : “Nous ne nous y attendions pas du tout, c’est un choc, je ne savais pas qu’Amadou était malade. La première chose qui nous vient à l’esprit est la tristesse.”
Un héritage durable
Amadou Bagayoko laisse un riche héritage musical. Avec Mariam, il a vendu des millions d’albums dans le monde entier, reçu de nombreuses distinctions, dont une nomination aux Grammy Awards en 2010 et des prix aux BBC Radio Awards et aux Victoires de la Musique en France.
Son son de guitare caractéristique “cascadant” et les rythmes dansants de leur musique ont laissé une empreinte indéniable sur la musique du monde, réussissant comme personne d’autre à transcender les frontières culturelles et à rassembler les gens par le langage universel de la musique.
Amadou Bagayoko laisse derrière lui sa femme Mariam, trois enfants, et des fans du monde entier qui continueront à chérir sa musique comme une source de joie et d’inspiration.
Selon les paroles qu’il chantait si souvent avec Mariam dans “Beaux Dimanches” : les dimanches à Bamako ne seront plus jamais les mêmes, mais la musique et le souvenir continueront à vivre.